Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
Le Théâtre des Salins de Martigues donne rendez-vous ce soir au public du chanteur Dominique A. Il vient rarement en Provence et nous sommes nombreux à l’attendre.
Pour ma part, il a changé radicalement ma façon d’écouter et de ressentir le rock. J’ai tous ses albums comme autant de livres que je rangerais dans une bibliothèque pour les transmettre aux
générations futures. Dominique A est un artiste essentiel : il symbolise bien plus qu’un style ; il est le courant du « rock littéraire ».
Sur la scène, ils sont quatre : clavier, guitare, deux aux cuivres dont un qui est également percussionniste ! Derrière eux, une rangée de petits
néons ; aux quatre coins de la scène et entre les musiciens, des longues antennes comme autant de mats d’un bateau. Ils sont des repères pour délimiter l’espace musical de ce chanteur au
territoire si mouvant. Tout au long du concert, ils donnent à la lumière des projecteurs les formes d’un décor surréaliste, entre terre et mer, conscience et inconscience, rock et littérature.
C’est donc un concert lumineux, dans tous les sens du terme, qui nous est proposé ce soir. J’ai la douce impression d’être immergé dans une ambiance maritime, où la brume s’évapore à mesure que
la musique électrise l’air. Cet équipage traverse l’œuvre de Dominique A : le bateau tangue souvent pris dans un chaos qui laisse peu de place à la respiration. Les murs du théâtre tremblent
comme si cette musique voulait pousser les frontières, les cloisons. Je sens une énergie communicative, mais aussi un choix radical : en choisissant ce collectif, Dominique A met en tension
son œuvre pour presque la transformer. Son corps danse comme pour mieux traduire la transe que produit une telle démarche. À mesure que le concert avance, je ressens Dominique A prendre de la
hauteur, de la force, comme s’il dirigeait un orchestre symphonique. Je ne tiens plus, coincé dans ce fauteuil de velours rouge. Je rêve de me lever, d’être pour ce groupe un signal venu de la
terre.
Cet artiste touche le sublime. Forcément.
Pascal Bély -Le Tadorne
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