C’était en Février 2005 en Avignon…Un mistral fou m'obligeait à entrer à la FNAC pour trouver un peu de chaleur. Trois mois après, je me souvenais de ce groupe
américano – canadien. A force de persévérance, le vendeur se décide enfin à trouver cet album parmi une pile de CD. Cramponné à la borne d’écoute, tout mon corps se mit à trembler…
« Funéral » ne m’a plus jamais quitté.
C’était en mai 2005 au Cirque Royal de Bruxelles. A trois semaines du référendum, j’avais besoin d’air…d’un souffle européen ! Ils étaient
sept sur scène ; unis, flamboyants, électriques . Pendant plus d’une heure trente, ils chantaient leur douleur ponctuée ici et là de paroles provocantes sur l’avenir de l’Europe à la veille
du « non » Français à la Constitution. Ils touchaient là où j’avais mal avec humour et tendresse au moment où l’angoisse sur l’avenir de l’Europe était forte. Il y avait Régine
sur scène. Elle formait avec Win Butler un beau couple, lui devant, elle si proche…elle à l’accordéon, lui à la basse…Les cinq autres membres les entouraient de leur douce folie, à coup de
violons, de contrebasse et…de casques de moto. Plus le concert avançait, plus le cirque devenait…royal !
Arcade Fire - No cars go - Rock en seine 2006
C’était le 22 Août 2005, à Nantes. J’étais en vacances et j’avais très envie de les retrouver dans la petite salle de « L’Olympic». Il y avait
une ambiance absolument surréaliste…le plus grand groupe du moment se produisait au coeur d'un petit quartier de Nantes ! Ils étaient tous là, sur cette petite scène, par 40°. J’ai
retrouvé la même fougue, la même énergie qu’à Bruxelles ! La communion était parfaite entre le public nantais et le groupe, comme si leur histoire rejoignait la notre (l'empathie est si
rare dans le rock d'aujourd'hui). Comme à Bruxelles, ils firent leur sortie de scène par l’entrée de la salle, en se frayant un chemin parmi le public. Une partie les avait donc
suivi...pour finir au bar du coin de la rue ! Cette sortie de scène en disait long sur ce groupe : proximité, modestie et une infinie tendresse.
C'était en juillet 2007. Je quittais pour un soir le Festival d'Avignon. Direction « Les nuits de Fourvière » à Lyon. Plus de 4000
personnes prennaient place dans les Arènes et formaient un patchwork coloré magnifique. Je me sentais un peu décalé, comme un "expatrié".
La scène était immense. Plus rien à voir avec celle de Bruxelles ou de Nantes. J’aimais le pari
de ce groupe: donner au rock des airs symphoniques baroques à partir d’instruments insensés et d'arrangements chaotiques. « The Arcade Fire » était surtout un collectif
habité par la scène. Cette impression « cosmique », hors du temps, s’était renforcée avec leur dernier album, « Neon Bible ». Il y soufflait une énergie étrange où
leur musique emprunt de religiosité, conférait à l’ensemble une atmosphère hypnotique.
A Lyon, il fallait garantir l’ambiance face à ce public hétérogène dont la majeure partie découvrait ce groupe en concert. Après le premier titre (le
magnifique «Haïti »), Regine Chassagne et le groupe surprenaient en interprétant « poupée de cire, poupée de son ». La filiation à Gainsbourg est
assumée. Légitime. Stupéfiant. Ennivrant. Ce fut la seule surprise de ce concert comme si Arcade Fire avait assuré ses acquis. Les chansons du premier album (« Funeral »)
enfièvraient les Arènes tandis que l’atmosphère du second avait du mal à se faire ressentir à cause d'une scénographie trop sophistiquée. J'avais l’étrange sensation qu’ils
peinaient à articuler ces deux opus. Je ne retrouvais plus l’originalité d’un groupe qui, chronomètre en main, assura les 90 minutes syndicales sans "sortie" de scène.
En 2010, "The Arcade Fire" revient avec leur troisième album, "The suburbs". C'est un très bel opus même
si l'on sent que le groupe n'est plus en "recherche". Qu'importe. Il sera en tournée à Marseille le 24 novembre puis à Lyon le 26.
J'y serais.
Pascal Bély. www.festivalier.net