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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Petits Suisses aux Hivernales d'Avignon.

Le spectacle est fini. Je me prends le visage entre les mains. On allait se « marrer » paraît-il. « I Want to go home » de Guilherme Botelho devait nous étonner avec tous ces danseurs venus de Suisse !  C’est une pièce « sur la bête qui dort en nous, dans laquelle il s’agit de renverser le cours Prozac des choses ».  Le sujet est tellement tendance en ces temps où les théories comportementalistes visent à cataloguer définitivement l’individu en proie aux doutes, refusant le rationalisme et cherchant son autonomie.

Six danseurs sont donc sur scène, requins gonflables au sol, table de massage pour ostéopathe bien en vue. Cinq patients vont défiler dans ce cabinet imaginaire pour faire sortir la bête qui sommeille en eux. Vous l’aurez compris, ces Suisses ne voient le mal qu’incarné dans l’animalité. Mais surtout, tout n’est que clichés, caricatures lentement distillées depuis des années par le café – théâtre, par les émissions de jeux et autre talk-show. Dans « I want to go home », la femme est un appât (elle mort à l’hameçon). Elle est bien sûr hystérique (tiens revoilà cette notion aujourd’hui abandonné quand elle est associée à la féminité). Elle castre l’homme tout en s’accrochant à lui, mais il est toujours là pour lui poser des limites. Mais je n’ai pas encore tout vu ! Un homme avec ses bottes de chasseur entreprend de la déshabiller avec une fourchette et un couteau ! La voilà réduite à de la chair. La femme est ainsi ridiculisée pendant plus d’une heure, soumise au désir de l’homme. Son corps n’est que liquide, à l’image d’une pisseuse qui emmerde ce petit monde masculin. L’homme n’est pas mieux servi, mais il  au moins du souffle, il tient la canne à pêche pour prendre sa proie, et maîtrise les techniques de l’ostéopathie pour remettre les individus d’aplomb.
À ce stade de bêtise, le public rit de ce qu’il entend (car on y parle beaucoup dans cette pièce sur le ton des comiques de plateau télé). Il est conforté par les mots et les images d’une société qui déverse son machisme dans les médias, les cours de récréation et autres fêtes entre amis, pour maintenir en l’état ses bons vieux principes judéo-chrétiens. Cette danse me dégoûte ; elle fait régresser un public qui n’en demande pas tant pour éviter de se poser les questions, pour « ne pas se prendre la tête ».
Ce qui est finalement bestial dans ce spectacle, c’es la honte et la colère qu’ils m’ont données.

« J’en veux à ceux qui nient les spectacles graves en pensant qu’ils n’ont pas besoin de ça. J’entends des spectateurs dire qu’ils cherchent à s’évader. Je comprends, et en même temps je ne peux leur donner raison : ni la danse ni le théâtre ne peuvent servir à ça. Plus il faudrait regarder les choses en face - voir ces corps qui tombent près de nous chaque jour -, plus on nous donne à manger, à boire, à rire. C’est comme une anesthésie générale. »
Maguy Marin, à propos de « Ah ! Ah ! » programmé jeudi 1er mars au Théâtre de Cavaillon dans le cadre des Hivernales. 


 ♥  "I want to go home" par la Compagnie Alias a été joué le 24 février 2007 lors du Festival des Hivernales.
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P
Merci pour ce commentaire éclairé. Mon titre "petits suisses" est une réponse aux clichés qu'Amélie Grand (la directrice des Hivernales) a bien voulu nous donner comme seul contexte pour présenter cette pièce. Sauf que le petit suisse est un dessert universel! Pour le reste, voir dans les convulsions de la danseuse, un acte de rebellion est quand même un peu fort. Comme tout le monde le sait, une femme qui se rebelle, est une hystérique! N'est-il pas temps pour les artistes et les organisateurs de sortir de tous ces clichés? A quoi sert l'art si ce n'est pas pour réinventer le monde?
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Y
<br /> Nous étions au 5ème rang. Je comprends ta critique mais je la trouve excessive. Je n'ai pas non plus "badé" la partie café-théâtre; j'ai trouvé ces transitions parfois trop longues.<br /> Je n'ai pas perçu non plus le message comme mysogine; comme tu le dis toi-même "l'homme n'est pas mieux servi". Par exemple, je n'ai pas vu dans le poisson qui se débat affolé, une femme piégée mais un être rebelle. En outre, j'ai trouvé la prestation de cette danseuse remarquable par ses convulsions et désarticulations, jusqu'aux yeux révulsés. Bref, j'ai trouvé mon compte !<br /> Je n'ai pas apprécié la présentation de l'organisatrice, véhiculant des clichés sur la précision suisse et "le feu au lac". Mais tes jugements sur leur supposée mentalité et ton titre "Petits Suisses ..." participe aussi à cet humour douteux ! Pas grave ! Chacun a bien droit à ses positions partisanes.<br /> Nous comptons nous rendre au tinel de la Chartreuse mardi et nous tenterons aussi de nous libérez pour Maguy Marin à Cavaillon jeudi. Bien qu'un peu élitiste à mon goût, ta vision et tes conseils pour d'autres spectacles m'intéressent.<br /> Confédéralement !<br />
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