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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Aux Hivernales d'Avignon, Dominique Boivin pense trop fort.

La 29ème édition du festival « Les Hivernales d’Avignon » débute au Théâtre d’Arles  par « A quoi tu penses ? », création chorégraphique coécrite par Dominique Boivin et Marie Nimier. On nous promet de nous donner les clefs pour comprendre ce qui se passe dans la tête de celui qui danse. Les mots de l’écrivaine Marie Nimier s’immiscent dans l’écriture chorégraphique pour nous offrir six saynètes où les danseurs pensent à voix haute sur leur condition, leur lien avec le public, leur désir de gloire et leur peur de la déchéance. Le propos ne nous apprend rien que nous ne savions déjà : le danseur repense à ses rêves d’enfant, ses rapports complexes avec le chorégraphe, ses ambiguïtés relationnelles et ses traumas de l’adolescence. La danse de Dominique Boivin est inventive, émouvante et poétique : les corps sont habités par les mots ; les non-dits s’entrechoquent avec les paroles et le tout donne une dynamique souvent réjouissante.
Mais je reste à distance. Pendant plus d’une heure, je lutte pour que mon imaginaire ne soit pas sous contrôle tant l’œuvre est cadrée. Le texte, le corps, le conscient, l’inconscient, la gravité, le léger : tout m’est offert. Je n’ai plus qu’à l’ordonner (c’est presque fait) et à me laisser porter. Sauf que je pense à tout autre chose !
Je reconnais Olivier Dubois, ce danseur qui m’a tant émerveillé l’an dernier en Avignon avec « Pour tout l’or du monde » (cf. photo ci-dessus) ou en 2005 dans les créations de Jan Fabre (« L’histoire des larmes »). Je pense à sa condition d’artiste, à ses projets…Ses rondeurs ouvrent la danse à d’autres corps et c’est tant mieux!
Je me remémore la crise des intermittents de 2003 et ces danseurs toujours plus précarisés.
En voyant la belle vidéo sur scène (où la danse se fait cinéma), je repense à tous ces spectacles qui l’utilisent comme un faire – valoir de modernité sans l’habiter d’un propos artistique.
Et puis, au hasard de cette scène (photo ci-dessus) où les paroles de l’écrivain déferlent comme un trop-plein sur la danse fragile, fragmentée et puissante de cette jeune danseuse, je pense au texte d’un créateur de vingt-cinq ans, Thomas Ferrand, publié dans la revue Mouvement et repéré sur Internet avant de me rendre aux Hivernales : « Nous avons entre 20 et 30 ans, pratiquons la scène, la presse, la vidéo ou le graphisme, dans un sens très politique de la dérision et de l’urgence. Nous fabriquons des dispositifs esthétiques et réflexifs, nourris de philosophie, des arts visuels et des médias, qui racontent l’état du monde. Mais les institutions qui subventionnent, programment et décident de ce que le public doit voir, ne nous suivent pas : « Faites vos preuves. » Cinq ans déjà que les preuves s’accumulent. Le cahier des charges est largement rempli : le public s’accroît, « la jeunesse » vient dans leurs théâtres, la qualité et la recherche sont au rendez-vous. Mais les décideurs veulent des projets clairement identifiables : tout ce que nous refusons. Et c’est une boucle pavlovienne qui se renforce : comment peut-on innover si les politiques culturelles ne permettent pas le renouvellement des formes ? Nous nous sentons volontairement marginalisés. C’est sans compter une presse nationale qui ne se déplace pas, un mépris de certains de nos interlocuteurs, un manque de salles et de moyens, la précarité de certains d’entre nous et la suppression de subventions pour des raisons politiques. C’est dans ce sens que j’ai créé, avec Robert Bonamy et Cédric Lacherez, la revue post-dada mrmr (murmure), une revue de critiques et d’entretiens pour défendre la création contemporaine et véhiculer nos pratiques. Cette revue est une expérimentation graphique et éditoriale. Couverture blanche volontairement salissante, matériaux pauvres : elle refuse tout préformatage. Nous n’avions pas la parole, nous allons la prendre. Maintenant ! Après le désastre critique d’Avignon 2005 contre les formes interdisciplinaires et, plus globalement, l’absence intolérable d’une politique qui ne laisse aucune place aux jeunes générations dans la société sur le plan de l’emploi et du logement, nous crions notre ras-le-bol. Nous représentons un collectif unique en France. Nous réclamons un lieu de création permanente et la possibilité de diffuser nos travaux et de représenter une génération qui, artistiquement, politiquement et socialement, perd son droit de cité. ».

C’est un manifeste au cœur de la campagne électorale sauf qu’il a ét publié en décembre 2005…Certes, les « Hivernales » ont choisies de nous faire rire cette année car « le public en a assez des spectacles qui prennent la tête » (Amélie Grand, Directrice, article du Monde daté du 21 février 2007) mais cela n’est pas aussi simple que cela.
« A quoi tu penses ? ». Dominique Boivin ne me le demande pas, mais c’est ma réponse à ses pensées joliment décalées.

♥ "A quoi tu penses?" a été joué le 23 février 2007 au Théâtre d'Arles dans le cadre du Festival "Les Hivernales" d'Avignon.

Crédit photos: (c) Jean-Louis Fernandez
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S
Cet article est excellent Pascal et je retiens vraiment le nom et cet article de Thomas Ferrand.<br /> Les politiques culturelles se doivent d'être elles-aussi créatives afin d'accompagner les artistes et garantir un renouvellement des générations, oxygène nécessaire même pour les anciens. Ce n'est pas la lutte des anciens contre les modernes, loin de là, juste un système un peu trop ficelé. Saluons Daniel Larrieu et Odile Duboc qui prennent les devants et ont quitté la direction de leur CCN pour laisser la place à d'autres : au-delà d'un engagement et bien que je n'aime pas ce mot, il y a une 'éthique'. Encore une fois, pourquoi seuls les artistes arrivent à avoir ce courage et ce type d'initiavive ?
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T
Effectivement! Nous n'avons pas encore trouvé un modèle circulaire qui permettrait aux "anciens" et aux plus jeunes de cohabiter intelligement. Il n'en reste pas moins vrai que, dans certains endroits, cela commence à sentir furieusement la naftalyne!