Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

Publicité

« Face au Mur » d'Hubert Colas : une « Buscherie » théâtrale.

 

En arrivant au Théâtre du Gymnase, l’ambiance est feutrée pour la dernière création d’Hubert Colas, trilogie composée des courtes pièces de Martin Crimp, « Whole blue sky », « Face au mur » et « Tout va mieux ».Pendant que le public s’installe, un jeune acteur cravaté au regard froid attend sur une scène parsemée de ballons blancs. D’emblée, j’ai l’impression de me retrouver l’été dernier dans l’attente des spectacles de Roméo Castellucci lors du Festival d’Avignon. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si « Face au mur » est une co-production d’Avignon 2005. Le décor minimaliste d’Hubert Colas semble signifier une rupture, à l'image de certaines oeuvres de l'été dernier. Je m’attends donc à passer un moment...tragique!

Dès « 
Whole blue sky », je suis happé par le texte de Crimp et le jeu des comédiens. Le texte percute car il parle tout à la fois de notre intimité (l’amour, la famille,…) et de notre société. Le style de Crimp par ce jeu rationaliste et froid de questions – réponses entre les acteurs, m’évoque le modèle libéral de l’Angleterre de Tony Blair. La violence décrite par Crimp est souterraine, imperceptible à l’œil nu, peu médiatisée mais elle ronge notre société à l'image du corps des acteurs bien qu’immobiles, semblent gagnés par la rage. Je ressens viscéralement le texte de Crimp car, loin du bruit médiatique, il parle de cette société qui, pas à pas, se dirige vers la violence la plus ordinaire, vers le fascisme le plus édulcoré, à l’image de ce militaire, mirage de cet océan de ballon blancs qui clôt la pièce. Le décor minimaliste est un leurre comme ce que nous donnent à voir les médias et les politiques. Loin de nous aider à lire ce monde chaotique, ils alimentent cette violence pour mieux nous délivrer les remèdes les plus simplistes. Pour accentuer ce trait, la mise en scène d’Hubert Colas comportementalise le jeu des acteurs. Elle est à l’image d’une société qui, pour soigner la violence, codifie les comportements pour mieux les contrôler. La force de la mise en scène de Colas est de positionner la trilogie de Crimp dans cette sorte d’immobilité apparente alors que ce trame des processus d’une violence inouïe.. Il arrive que le public rit par facilité mais la tension est palpable dans la salle. Le final avec la sublime musique d’Arcade Fire renforce l’aspect dramatique de la pièce et positionne pour longtemps « Face au mur » dans la postmodernité.
C’est une pièce politique. Aussi précieuse qu’un édito de Philippe Val dans Charlie Hebdo. Et ce n’est pas une caricature.

Pascal Bély - www.festivalier.net


Revenir au sommaire Consulter la rubrique théâtre

Hubert Colas sur le Tadorne:
Au Festival ActOral, “Mon képi blanc”, le beau monologue du pénis d'Hubert Colas.

Hamlet par Hubert Colas : le théâtre réinventé

A ACTORAL, Claire Delaporte, notre petite sœur de Tchétchénie.



 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
O
bonjour, je vous propose le lien direct sur notre rencontre avec Martin Crimp, Hubert Colas + des extraits du spectacle,http://www.oc-tv.net/face-au-mur--martin-crimp--hubert-colas.htm Cordialement patricia pour OC-TV.net
Répondre
V
Vu au Théâtre Garonne à Toulouse le week-end dernier. Votre article est net et précis! Autant dire que j'ai beaucoup aimé les deux pièces de Colas (Face au mur et mon képi blanc). Merci au Garonne de nous avoir offert deux magnifiques moments de théâtre.
Répondre
M
Je partage votre avis pour face au mur sachant que la 3ème pièce m’a laissé sur ma faim de compréhension mais il faut dire que le public du gymnase est pire que celui de Martigues et les petits bourgeois de Marseille s’ennuyaient et le faisaient savoir. De méchants voisins de spectacles et on est tout marri…
Répondre
S
Juste un petit mot pour dire que je serai également à la friche belle de mai le 18 mars pour voir G. Appaix, on pourra confronter nos points de vue !
Répondre