Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
Nous voilà donc embarqués pour trois heures dans ce wagon gris placé au cœur de la scène, théâtre du
chaos, de l’horreur, sur les voies qui mènent de l’Allemagne à Copenhague. Treize comédiens, tour à tour Céline, officier SS, artiste habité par le rôle de Jésus-Christ (l’acteur Robert Le
Vigan !), bourgeois décadents, prostitués, nous accompagnent dans ce voyage où l’argot allemand (souvent intraduisible) et la complexité de la langue de Céline provoquent une traduction
française aléatoire et périlleuse. Est-ce si important ? Le jeu des acteurs est époustouflant : ils donnent tout. Tout. Jusqu’à la nausée. Est-ce si grave au regard de ce champ de ruine
intellectuel et moral? La farce et le drame s’enchevêtrent dans le récit de Celine, mais conduisent Castorf à ne privilégier qu’un processus : l’autodestruction. À mesure que la pièce
avance, les acteurs s’enferment progressivement dans un jeu qui vise à tout casser, à caricaturer à outrance. Mais cette escalade dans le bruit, la fureur et la comédie suffit-elle à nous faire
ressentir l’horreur de la guerre ? Le tiers du public ne tient plus et s’en va, parfois accompagné par les comédiens eux-mêmes, comme un dernier geste de compassion d’Allemands envers
des Français qui n’ont pas totalement fait l’introspection de leur histoire. Je reste, car je n’y suis plus. L’autodestruction me met à distance et la mise en scène de Castorf devient le
spectacle pour écrabouiller la misanthropie de Céline.
Mais pour quoi cette pièce ? Qu’en faire pour comprendre l’histoire et notre
futur ? Qui suis-je face à cette scène dévastée, à ce wagon de la mort, aux compagnons de route de Céline ? Je ne sais plus. Je n’arrive même plus à applaudir.
♥♥♥♥♥♥ «Norden» de Frank Castorf a été joué le 7 juillet dans le cadre du Festival d'Avignon.
Crédit photo: © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
Crédit photo: AFP/ANNE-CHRISTINE POUJOULAT
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