Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
C’est le récit d’une journée ordinaire où notre cerveau est
soumis à la rationalité d’un raisonnement scientifique qui s’applique partout, quels que soient les contextes. Envahi par toutes ces pensées réductrices qui nous isolent et nous conduisent dans
l’impasse, je regarde « Max Black » avec enchantement. L’an dernier, lors du même festival, « Eraritjaritjaka – Musée des Phares » de Goebbels avait
créé la divine surprise en déconstruisant les règles classiques du théâtre pour nous guider dans l’univers créatif du dedans – dehors. Cette année, un philosophe pyromane enfermé dans son
laboratoire tente de nous expliquer la complexité du monde à partir de raisonnements rationalistes où se perd sa pensée et explose sa vision mécanique ! Le feu, omniprésent sur scène, est le
pont entre la science et la vie : il brûle (les modèles dépassés ?), éclaire, délimite (pour ouvrir ?), transforme. Dans ce laboratoire, métaphore de notre folie linéaire, tout est
prévu pour qu’un élément entraîne l’autre (quand la manivelle pour allumer la scène engendre la mécanique d’un objet qui joue avec les touches du piano) mais la main de l’homme et sa folie ne
peuvent suivre un tel enchevêtrement. Les textes de Paul Valery, les sons, la scénographie, les lumières participent au chaos que porte admirablement André Wilms, comédien exceptionnel. Mais
« Max Black » rivalise difficilement avec la puissance de « Eraritjaritjaka – Musée des Phares ». J'ai l’étrange sensation que le dispositif scénique « diabolique » guide la mise en scène de Goebbels comme s’il en était prisonnier, le spectateur avec. Le texte se retire progressivement pour
laisser la pyrotechnique faire son effet. L’œuvre s’enferme et la folie de cet homme réduit ses affects à ses raisonnements. Je décroche et mon cerveau cherche autre chose que ces folles
mécaniques pour échapper aux oiseaux de mauvaises augures qui polluent nos visions. Un, empaillé, surplombe la scène. Je ne vois plus que lui…
♥♥♥♥♥♥ «Max Black» de Heiner Goebbels a été joué le 5 juillet 2007 dans le cadre du Festival de
Marseille.
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