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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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La danse ignoble de DV8.

can we 3

Stupéfait. Sidéré. Comment le Festival d’Automne a-t-il pu programmer une œuvre aussi ignoble ? «Can we talk about this» de la compagnie DV8 de Lloyd Newson est une proposition « artistique » déplacée, clivante, sans perspective, qui s’appuie sur la paresse des spectateurs pour distiller sa vision binaire de la société multiculturelle britannique.

«Multiculturelle» : le mot est lâché. Lloyd Newson et ses onze danseurs investissent un décor de salle des fêtes un peu vieillot pour y installer le conflit et toutes les cloisons qui l’accompagnent. Assis au premier rang, je dois dès la première minute lever les yeux pour lire les sous-titres d’une logorrhée de plus d’une heure trente. Je remercie chaleureusement l’éclairagiste pour y avoir braqué un projecteur…Mais qu’importe. Suis-je venu au théâtre pour assister à une œuvre structurée comme un documentaire télévisé ? Suis-je là pour écouter passivement une charge contre l’Islam (d’où le titre de la pièce, «Can we talk about this ?») ? Je subis une succession de témoignages (de l’affaire Rushdie, en passant par le cinéaste hollandais  Théo Van Gogh assassiné par les fondamentalistes, en faisant quelques détours par des femmes forcées au mariage, …), illustrés par une chorégraphie mécanique assujettie au texte. Le tout finit par donner la désagréable impression d’être soumis à un propos moralisateur et clivant. Les  figures de style visent à faire du corps un objet de propagande. En empilant les attaques répétées des fondamentalistes religieux contre la démocratie, Lloyd Newson assimile islamisme et musulmans.

Le plus scandaleux dans cette proposition est sa suffisance: elle sort les témoignages de leur contexte au profit d’une dénonciation linéaire sans que ne soit posée une problématique complexe. J’identifie ce même processus lorsque des metteurs en scène font jouer aux enfants des rôles d’adultes. «Can we talk about this» voudrait libérer la parole autour de l’Islam, mais l’enlève au spectateur : il n’y a rien à penser, tout à gober.

Ainsi, la rhétorique des médias de masse se déploie sans difficulté pour nous matraquer de faits qui, bout à bout, démontre l’impossible cohabitation de l’Islam avec nos démocraties. La danse s’efface peu à peu au profit d’une gestuelle caricaturale, enfermant Lloyd Newson dans ses certitudes. Dénoncer est une chose, énoncer en est une autre.

La danse est un art qui va au-delà du discours pour signifier qu’il n’y a pas de vérité. Seulement des constructions de la réalité.

«Can we talk about this ?» m'a insulté.

Pascal Bély – Le Tadorne.

«Can we talk about this ? » de Lloyd Newson au Théâtre de la Ville dans le cadre du Festival d’Automne de Paris. Du 28 septembre au 6 octobre 2011.

 

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P
<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> <br /> Merci pour votre commentaire. Je souhaite vous préciser que je n'ai pas besoin des mots quand la danse est là. Elle se suffit à elle-même. Sauf qu'ici, elle ne le<br /> peut pas, précisément parce que Lloyd Newson est sur le discours, la démonstration, l'empilement des<br /> faits. Chevilles et clavicules ne suffisent malheureusement pas à donner du sens parce que les mots baillonnent le mouvement (sinon, pourquoi tant de gestes saccadés?). Cette oeuvre vous invite<br /> donc à la rélfexion. Mais laquelle? Il n'y a pas une seule idée, juste de la dénonciation.<br /> <br /> <br /> Pour l'anglais, c'est trop tard...et je n'en ai jamais eu besoin pour voir de la danse:-)<br /> <br /> <br /> Cordialement,<br /> <br /> <br /> Pascal Bély<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Vraiment pas d'accord.<br /> <br /> <br /> Voir dans le dernier spectacle de DV8 "une chorégraphie mécanique et assujettie au texte", c'est passer à côté de l'essentiel. La chorégraphie suit peut-être le texte, mais elle l'ouvre surtout<br /> sur une nouvelle dimension. Les gestes de chevilles, de clavicules, de phalanges, de vertèbres, enchainés avec maestria par des danseurs d'une précision redoutable, sont au langage des signes ce<br /> que le chant est à la parole.<br /> <br /> <br /> Quant au propos, il n'est pas moralisateur mais invite à la réflexion. Le pluralisme des opinions pourrait y être plus développé s'il s'agissait d'une thèse. Mais il s'agit ici d'un cri. La scène<br /> de la description de l'assassinat de Théo Van Gogh, notamment, est saisissante. Il n'y a pas d'antithèse à donner à une description clinique. Et se sentir insulté par la violence du propos, c'est<br /> peut-être se sentir insulté par les faits qui y sont décrits.<br /> <br /> <br /> Le spectacle est plein de moments de grâce, notamment la scène quasi-finale où, pendant cinq minutes, deux mains sur une table font plus de prouesses que tout un ballet classique.<br /> <br /> <br /> La prochaine fois, prenez une place un peu plus éloignée de la scène et apprenez l'anglais ;)<br /> <br /> <br /> <br />
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