Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
Le Merlan, Scène Nationale à Marseille, poursuit ses vagabondages dans l’attente de la rénovation de sa salle. Le rendez-vous est pris au petit Théâtre de
Face à nous, trois danseurs (majestueux) interprètent un nouvel univers patiemment créé par le chorégraphe et l’anthropologue. Je ne comprends pas toujours là où ils m’emmenent, mais je ressens la puissance du projet de ce binôme atypique. Plusieurs séquences nous invitent à l’ouverture vers ce langage chorégraphique métissé, tel ce passage où ils dansent sans pouvoir s’appuyer sur leurs pieds et leurs mains. C’est alors que patiemment, ils prennent des allures d’oiseaux, voire d’humains à qui l'on aurait coupé les ailes. Ces gestes désarticulés sont beaux parce qu’ils trouvent leurs traductions dans l’imaginaire africain et européen. D’autres images me viennent quand ils dessinent à la craie sur le sol des gravures telles des peintures rupestres, ou les tags de nos villes. Ils jouent aussi avec les vêtements pour s’y camoufler, s’en faire une coiffe, et leurs gestes sont d’une précision que seul un anthropologue pourrait déchiffrer. Les voir s’échapper dans les gradins donne l’impression qu’ils quittent la ville pour la forêt, ou l’inverse.
Ce mélange de Marseille et d’Afrique crée un langage qui requiert un lâcher-prise continu parce qu’il parle à la fois aux sens, à l’imaginaire de l’enfance, aux expériences du réel. Ce croisement des disciplines est en cours, mais je ressens la création inaboutie. Trop d’images se succèdent sans que je puisse y déceler un apport qui les transcenderait. La transdisciplinarité ne fait pas une œuvre d’art mais elle l’encourage.
Modestement, je soutiens cette démarche pour qu’émerge la fresque qui ne manquera pas de masquer ce joli puzzle.