Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
Il est minuit et l’orage gronde au moment où je quitte le Théâtre de la Criée de Marseille. « Hamlet » de Shakespeare mis en scène
par Hubert Colas fait l’effet d’un tonnerre dans le paysage paisible du théâtre français. Je ne ressens ni joie, ni colère après ces quatre heures quarante de spectacle, mais plutôt un état
d’apesanteur comme si je regardais le théâtre avec un autre point de vue. Rarement mon attention a été à ce point infaillible ; j’ai scruté avec minutie le moindre changement scénique,
observé avec curiosité le positionnement des acteurs.
Hubert Colas a fait le choix d’une mise en scène complexe où
plusieurs tableaux se jouent en même temps. On est loin des partis pris de Frédéric Fisbach avec la pièce « Gens de
Séoul » présentée en Avignon l’été dernier qui multipliait les scènes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du plateau pour produire au final un langage théâtral compliqué. Avec
Hubert Colas, chaque dialogue s’inscrit dans un contexte appuyé par des effets scéniques impressionnants : il y a toujours trois scènes en interaction. Au centre, elle est mouvante comme le
sont les relations entre les protagonistes. Les jeux de pouvoir peuvent s’y exercer et le sol (en mousse ?) se métamorphose au gré des alliances et des coalitions. Imposant.
Sur chaque côté, l’ensemble des acteurs peut s’asseoir et observer le jeu. Ces postures contiennent le jeu, à l’image d’un inconscient collectif qui enverrait ses informations. Mais il arrive
aussi que l’on doive lever les yeux. Hubert Colas envisage le ciel sur scène, symbole rouge du spectre pesant sur nos têtes. Avec une telle scénographie, mon regard ne cesse d’être circulaire et
je fais toujours référence au tout dès que je me centre sur un seul personnage. Quelle belle leçon de complexité et de modernité !
Malgré tout, je me sens très à distance. Rien ne vient toucher mon affect comme si
tout n’était que jeu dans lequel le spectateur serait hors du coup. D’ailleurs, alors que le public prend place au début du spectacle, les comédiens se préparent en s’injectant un liquide dans
les yeux pour s’aider à pleurer. Je comprends après coup le sens de cette scène anodine. L’affect est ainsi caricaturé, mis de côté, comme si nous devions le laisser alors que nous nous
installons. C’est sûrement ce que mon inconscient a fait. Mais alors, quel est donc ce théâtre ? Je n’ai toujours pas trouvé la réponse et mes affects semblent ne pas vouloir m'aider.
A lire sur Hubert Colas: "Face
au mur" présenté à Marseille en mars 2006.
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