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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Held me.

C’est une chorégraphie venue d’ailleurs, de l’autre bout de la planète, d’un pays dont je ne connais pas les habitants. Ce soir, le Théâtre des Salins de Martigues projette d’ouvrir notre regard sur la danse : l’ « Australian Dance Theatre » dirigé par Garry Stewart présente «Held».
En arrivant, je suis interpellé par le dispositif scénique : quatre danseurs (punk ? mauvais garçons et filles d’un quartier underground?) posent pour une photographe dont les clichés sont diffusés sur deux grands écrans amovibles. On se croirait dans une publicité pour l’Oréal.
Ce n’est qu’une apparence. Il faut abandonner de nombreux à priori pour s’autoriser à voir cette chorégraphie aux antipodes de notre culture. « Held » joue précisément sur l’apparence (belle au demeurant), pour nous inviter à passer de l’autre côté. Car tout laisse à penser que cette troupe de onze danseurs nous fait un numéro de voltige censé célébrer le culte du corps, à l’image de ces photos de mode qui polluent nos villes. Or, leur beauté est loin d'être plastique : elle est à chercher dans le regard de la photographe (Loïs Greenfield, superbe par sa présence), médiatrice entre elle et nous, qui nous aide à capter tout au long du spectacle la grâce de leurs gestes aériens (sans elle, que verrions-nous ?).
La beauté se veut complexe quand les danseurs sculptent lentement le groupe:ainsi prend forme un tableau de la renaissance italienne (superbe moment suspendu).
Cette beauté est fragile quand elle s’exprime à partir de mouvements dont on croirait qu'ils émergent d'un jeu vidéo. Ils transforment notre vision pour nous permettre de créer les passerelles entre le son, l’image virtuelle et réelle. En effet, c’est la multiplication de tous ces cadres (photo, peinture, écran vidéo) qui permet au groupe de décupler sa créativité au service du public : « nous vous offrons ces angles de vue, à vous d’en faire ce que vous pouvez » semble dire le collectif !
À l’issue d’une heure palpitante, l’esthétique du corps prend sens parce que loin d’être un spectateur passif, j’ai la sensation d’avoir créé ma vision, ma photo, ma peinture. « Held » est une chorégraphie sans prétention : juste celle d’offrir une magnifique performance quasi futuriste pour spectateurs endurants.


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P
Merci pour cet éclairage complémentaire! "Held" interpelle justement sur la violence de cettte beauté qui lisse tout à l'image de cette société médiatique qui nivelle vers le bas.  La danse pose souvent d'excellentes questions pour nous permettre d'accéder au sens.  C'est plus que jamais un art essentiel.
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C
Je suis surprise que n'appaisse dans ces commentaires que la beauté. Certes, elle était présente, mais j'ai également ressenti beaucoup de violence: la musique très forte et très rythmée, la danse était parfois un combat inspiré des arts martiaux. A la fois cela pouvait contraster avec la beauté de la danse, et en même temps, cette plastique presque parfaite peut être également porteuse de violence, au moins d'inhumanité.<br /> Les punks nous disent quelques chose, la robotique qu'ils imitent également. Il n'y a, à certain moment , plus de discernement entre l'homme et la femme. La beauté est-elle assexuée? Je crois qu'il serait dommage de tout lisser. Pourquoi les artistes ne travaillent plus sur la complémentarité?<br /> Comme beaucoup de compositions contemporaines aujourd'hui, alliant image, peinture et son, Held est bien dans son temps, mais j'avoue que je ne sais pas quoi faire de ce qu'ils nous ont proposé ce soir, et pourtant, c'était touchant.
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P
Merci Laura pour cet éclairage. Effectivement, ces danseurs deviennent beaux juste par le regard que l'on porte sur eux.
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L
J'ai moi même vu ce spectacle.Ce qui m'a surtout stupéfiée c'est tout d'abord que ces danseurs ne sont pas "beaux" selon les critères actuels (on voyait la cellulite sur les cuisses d'une danseuse ... innaceptable sur une pub qui se veut "belle") mais au fil du spectacle ils le devenaient, tout simplement parce qu'on abandonne nos a prioris sur ce que doit être le corps d'un danseur (mince, pas un gramme de graisse) et ils sont magnifiques par ce qu'ils font et par ce que leur danse offre d'eux.<br />  
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