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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Spectateur, encore un effort, les cases sautent!

Le changement est-il inéluctable ? La pluridisciplinarité, la « transdisciplinarité », « l’indiscipline », vont-elles dépasser les formes classiques de la représentation? Alors que « Le Printemps de Septembre » à Toulouse, festival de création contemporaine, inclus dans sa programmation des « performances » au croisement des arts plastiques, du théâtre et de la danse, on se demande comment les financements publics fonctionnant toujours en « cases »,  intègrent-ils cette nouvelle donne. Mais en même temps les résistances se font toujours  entendre. On reproche à la chorégraphe Maguy Marin de ne plus proposer de « danse », si bien que le Théâtre des Salins de Martigues prend les devants en présentant « Turba »(à voir le 5 mars),  une de ses créations, comme « visuellement splendide qui tend vers un art total résistant à toute classification » !  Dès lors, il est intéressant qu’une manifestation d’art contemporain, à Toulouse, en dehors des lieux du théâtre, accompagne le public vers cette globalité pour qu’il y trouve sa place. Petite revue des propositions et une question : « total » ou simplement « différent » ?

La conférence est en général un "must" pour faire exploser les cases. L’Américaine Rebekah Rousi avait réussi l’exploit à Bruxelles, lors du Festival des Arts en 2008,  de transformer une présentation de douze heures d’un PowerPoint en performance clownesque. À Toulouse, avec « Parlement », Joris Lacoste nous offre une conférence où la plaidoirie, le discours politique, le commentaire sportif, le spot publicitaire voire même le message d’un répondeur forment une partition qui déconstruit. Ce flot de paroles n’explique rien, mais dit beaucoup sur les contextes sociaux, territoriaux, économiques et culturels que charrient nos langages et nos manières contemporaines de nous parler. En cinquante ans, les formes ont tant évolué ! Elles véhiculent ce que notre modernité promeut : efficience, rationalité et conflit. En effet, le déferlement  de Joris Lacoste est tumultueux à l’image de nos liens souvent agressifs, verticaux descendants.  Elle tient son propos et met toute son énergie à maintenir cette forme transversale pour que nous en saisissions le sens. Elle nous perd parfois quand elle se noie pour appuyer la pertinence de sa démonstration (« cessons de nous enfermer par le contenu et travaillons la relation ! »).  Saluons ce travail, car c’est en déconstruisant certains de nos schémas mentaux que nous serons à même de comprendre toute la complexité de la communication en environnement turbulent.

 

 

Comme Joris Lacoste, Antonia Baehr a une partition, mais ce sont les différentes formes du rire qui font langage. Pour son anniversaire, ses amis lui ont offert différents « morceaux » qui forment « Rire », « spectacle » en tournée dans les festivals de création contemporaine (KunstenFestivalDesArts, Toulouse et Actoral à Marseille). Ici aussi, le rire véhicule bien des maux de notre société. Il n’est plus cantonné à la sphère intime, mais a  contaminé depuis les années soixante-dix le langage social, jusqu’à devenir un outil de domination (en référence à son omniprésence à la télévision et ailleurs), voire une arme du politique pour étouffer toute réflexion sur le sens. Antonia Baehr semble dire au public : « Vous voulez vous marrez, ne pas vous prendre la tête et bien vous allez être servi ! ». Alors, elle rit, nous avec, même si nous finissons par ne plus rire du tout. La violence émerge, le rire pour le rire envahit la scène. Comme avec Joris Lacoste, nous décrochons parfois quand la forme se perd dans sa propre démonstration. En effet, si le rire est un langage des langages, Antonia Baehr tombe par moments dans la facilité du langage…pour nous faire rire !  C’est cette rupture dans les niveaux logiques qui fait de « Rire » une forme en émergence. Osera-t-elle le théâtre avec de telles partitions?


Autre langage avec le jeune danseur américain Daniel Linehan  qui a créé le « buzz » partout où il s’est produit avec « not about Everything ». Imaginez-le danser sur lui-même pendant trente-cinq minutes sans s’arrêter tout en lisant une lettre qu’il semble vouloir nous adresser, faire un chèque à une organisation humanitaire et enlever son pantalon sans tomber. Ici, il épuise notre regard linéaire. Nous sommes dans un espace totalement turbulent comme une tentative d’amplifier le sens des mots sauf qu’il déclame qu’"il ne veut pas parler de lui", que « ceci n’est pas à propos de … » et que finalement « nous sommes libres de cette danse ». C’est donc la fin d’une époque, celle de la toute-puissance du corps démonstratif, du mot explicatif, des disciplines qui créent aujourd'hui bien plus de ruptures que de liens. Comment ne pas ressentir dans ce geste artistique, un élan vital pour réinventer des langages, et que quitte à tourner en rond, autant en perdre la tête.

Au-delà des cases, et si tout n’était que danse ?

Pascal Bély – www.festivalier.net

"Parlement" de Joris Lacoste, "Rire" d'Anotnia Baehr et "Not About Everything" ont été présentés dans le cadre du Printemps de Septembre les 25 et 26 septembre 2009.

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