Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
Après « Les songe-Creux » (lire l'article précédent!), la soirée continue et le réveil est brutal! Le Ballet d’Europe (quelle appellation prétentieuse…) de Jean-Charles Gil nous propose dans ce hangar frigorifique de la Friche Belle de Mai, deux spectacles, coup sur coup…Le premier, « » est une chorégraphie de Jorma Uotinen…C’est un spectacle finlandais… froid comme de la glace. C’est de la danse esthétisante à l’image du papier glacé d’un magazine de mode. Cela plait à ce public largement composé d’institutionnels (je reconnais Michel Pezet du Conseil Général) et d’amis des danseurs. Il n’y a aucun propos dans cette danse pretentieuse...Juste de jolis corps bien conservés par la température…Le deuxième spectacle est un supplice pour Le Tadorne, qui n’est pas loin de perdre ses plumes au milieu de ce public de fans… « » d’une chorégraphie de Jean-Charles Gil est un hommage à Alfred Hofkunst (je découvre son existence…ignare que je suis…). C’est nul, affligeant, pauvre artistiquement. Je ne pense pas que ce type de danse puisse encore exister de nos jours. C'est un mélange de danse en "tutus" et de mouvements qui se veulent contemporains! On se croit parfois dans un film de série B (genre péplum) tant tout y est ridicule !C’est de la danse de salon, pour courtiser le Roi et sa cour. Si l’Europe est à l’image du Ballet du même nom, c'est à désesperer du rôle de la France...Il va de soi que ce ballet ne dérange rien, encore moins les institutions qui le financent.
Comme beaucoup d’Aixois, j’attendais depuis longtemps cet événement : « Cézanne en Provence » au Musée Granet. Pour éviter une foule prévisible, j’avais réservé en nocturne à partir de 21h. Le contexte autour de cet exposition est loin d’être léger. Le concert de musique classique prévu au pied de la Sainte Victoire le 5 juillet en hommage à Cézanne affiche complet alors que les places pour les Aixois sont réduites à la portion congrue. La colère dans la population est perceptible, reprise par l’opposition municipale qui n’en attendait pas tant pour décrier la gestion pour le moins hasardeuse de cette manifestation. Les premiers jours de l’exposition furent chaotiques (absence de signalisation dans les salles, visiteurs perdus, manque de matériel audio, …). Pour ma part, j’ai eu quelques difficultés avec le site internet de « Cézanne 2006 » (allez-y faire un tour, c’est un labyrinthe sans nom et sans visibilité). Un mail envoyé à la responsable de la communication n’a pas suffi pour y voir plus clair. Sa réponse m’a néanmoins interpellé sur son niveau de compétences (« je ne suis pas là pour faire plaisir à tout le monde » m’écrit-elle alors que je m’étonne de la difficulté à naviguer sur le site. Il me semble pourtant que son métier, est justement de faire plaisir !).
J’arrive donc au musée Granet où pléthore de personnel nous attend. La culture créée donc des emplois dans le Pays d’Aix. Je m’étonne toutefois de la tenue vestimentaire des salariés vacataires. Elle tranche avec la portée internationale de l’évènement. Si la tenancière de la ville est loin d’être un modèle d’élégance, je suis surpris de retrouver dans un musée des habits d’un si mauvais goût (jupe courte, ceinture dorée sur les fesses, tongues, tee-shirt moulant,…). Je n’ose évoquer le comportement pour le moins troublant de certains gardiens dans les salles à l’égard des femmes et d’un groupe d’Américaines en particulier. Bref, sans vouloir passer pour un ringard, je pense que Cézanne et le Musée Granet méritent des professionnels de l’accueil. Cela dit, les Aixois n’ont jamais reconnu ce peintre de génie. Un siècle plus tard, rien n’a vraiment changé tant les conditions de visite de l’exposition sont exécrables ! Les groupes se succèdent à un rythme qui faiblit seulement vers 22h. Il fait chaud, le parquet sous les pas des visiteurs fait un bruit insupportable. Ces derniers n’hésitent d’ailleurs pas à téléphoner avec leur portable.
Que dire du choix de réduire Cézanne à la Provence ? Il est sûrement justifié par le désir de faire un joli coup marketing ; l’affluence des visiteurs le confirme. Au sein même du thème, les commissaires de l’exposition ont encore réduit en créant une salle dédiée à La Sainte Victoire ! Toutes ces cases provoquent une lourdeur que seule la salle dédiée aux aquarelles sauve (même si l’éclairage est indigne).
Cézanne n’est pas respecté. Le public encore moins. Le tout donne une image peu glorieuse d’Aix en Provence et de la culture en Région. Nul doute que les chiffres de fréquentation battront des records. Je ne suis pas sûr que « Cézanne en Provence » soit un modèle d’exception culturelle à la française. Tout juste un excellent mariage entre la culture Dysney et l’absence de projet politique culturel global.
Depuis 2003, la mairie UMP – Sarkosienne dirigée par Mme Joissains Masini nous facilite l’entrée dans l’hiver avec « le Festival de la Chanson Française ». En bon festivalier, je ne pouvais pas passer sous silence cette manifestation haute en couleurs comme en témoigne le projet :
« L’idée forte de ce festival d’AIX en Pce et du Pays d’AIX, ville de ZOLA, écrivain et pamphlétaire, est de faire émerger de jeunes Auteurs Compositeurs Interprètes qui se produisent tout au long de l’année, dans la région et au-delà, privilégiant l’écriture »
Je vous laisse admirer la qualité littéraire de l’écriture publicitaire (Provence devient …Pce) ; elle laisse présager de grands moments romanesques lors des « ateliers ». Après avoir mis Aix en Provence à la sauce Cézanne, voilà cette ville d’arts ( ?) mariée à Zola…Seule la fête de l’Humanité pourra rivaliser avec une telle ambition ! Jugez plutôt : Dany Brillant, Michel Delpech, Paris Combo, Enzo Enzo, Charlélie Couture. Ce ne sont que les têtes d’affiche mais vous aurez constaté la forte connotation « pamphlétaire » de cette programmation qui se produira au PASINO, lieu de l’argent et du paraître.
Alors bien sûr, il y a quelques artistes intéressants….enfin une… Pauline Croze qui se produira en première partie d’Olivia Ruiz (cherchez l’erreur…) alors qu’elle méritait à elle seule une soirée.
Pour le reste, quelques artistes révélés par FIP (DE RIEN, Tom Poisson…ennuyeux…) mais cela ne saurait relever le caractère franchouillard de cette manifestation de proximité (elle se produit dans les différents villages du Pays d’Aix…vive l’intercommunalité à la sauce France d’en bas !).
Ce festival démontre son absence totale d’ambition et d’ouverture vers l’Europe et le monde. Existe-t-il une chanson française qui la distinguerait de la chanson espagnole ? La langue ne fait pas la différence, comme la danse ne saurait être clivée par rapport au théâtre (j’ai retenu les leçons du festival d’Avignon !!).
De plus, ce festival a l’obscénité de proposer la tarification la plus élevée de la saison dans son domaine (entre 15 et 35 euros) quitte à brader les places au dernier moment comme l’an dernier pour le concert de Miossec (de 33 euros à 22 euros…Miossec a du apprécier la solderie!)
En un mot, voilà l’un des festivals :
- les plus chers de la saison.
- crée pour légitimer l’action de l’un des élus responsables à la culture, Mme Patricia LARNAUDIE (il n’y a en effet plus une délégation mais des compétences partagées entre plusieurs politiques proche de Mme Joissins…cherchez la cohérence),
- Incapable de s'associer avec "Les Correspondances de Manosque" (allant jusqu’à se produire cette année à la même période…un comble !) alors que le lien entre la chanson et le texte y est depuis longtemps affirmé. Cela promet lorsqu'il faudra définir une politique culturelle de territoire entre Aix et Manosque avec le projet ITER!
Vous l’aurez compris…gardons notre argent pour « la Fiesta des Suds » et pour « Les correspondances de Manosque » et fuyons ce festival au message politique trouble par ces temps de repli.
Je suis abonné depuis maintenant deux années aux Inrocks. J’ai abandonné Télérama après 15 ans de fidélité pour un hebdo plus ouvert aux tendances culturelles du moment, plus « politique » et loin de la pensée unique du « Monde » propriétaire de l’hebdomadaire. Grâce aux Inrocks, j’ai découvert des artistes que je n’aurais jamais rencontrés autrement (cf. mon prochain bilan 2005).
Ainsi va la vie culturelle en région PACA...
Après la disparition de « Danse à Aix », la programmation sans surprise du Toursky à Marseille, les précautions du Théâtre des Salins de Martigues pour un public effrayé par son ombre (!), le chanteur Florent Marchet (ou du moins son producteur) décide d’annuler la résidence qu’il avait prévu à Cavaillon dès janvier 2006. J’avais pas mal d’attentes après son beau premier album et ses prestations réussies aux "Correspondances de Manosque". Il avait prévu de préparer son deuxième album à Cavaillon.
Ci-joint les explications de Jean-Michel Gremillet, directeur de la Scène Nationale de Cavaillon :
« En créant il y a une dizaine d’années les résidences de création chanson, l’un des objectifs du Ministère de la Culture était de créer les conditions d’un dialogue entre public et privé, entre des théâtres comme le nôtre, et des producteurs dont les logiques sont souvent plus industrielles que culturelles. La résidence que nous avions imaginée début 2005 avec le chanteur Florent Marchet et son producteur était pleine de ces utopies qui auraient séduit un large public. Mais voilà, la seule dynamique de la Scène nationale n’aura pas suffi, et nous avons fini par renoncer.
Ce n’est sans doute pas un hasard si c’est le même producteur qui nous a privé, avec une trentaine d’autres villes, et sans raison véritable, de la venue de la chanteuse Camille.
Un autre hasard ? Le Ministère de la Culture vient de décider de transférer au Centre national des variétés, un organisme privé, les fonds attribués aux résidences chanson. Le service public de la culture traverse une drôle d’époque ».
Cette annulation s’inscrit dans des difficultés de positionnement de la Scène Nationale de Cavaillon. Les baisses de subventions ont entraînées l’annulation de certains spectacles dans un environnement politique local et national délétère. Ce contexte conduit le directeur de Cavaillon dans l'excés quand il affirme que le Centre National des Variétés est un organisme privé! C'est faux! Le CNV est un EPIC (Etablissement Public Industriel et Commercial au même titre que Météo France). Ce raccourci vise à faire croire aux spectateurs de Cavaillon que Florent Marchet ou Camille seraient vendus aux lois du marché! Il n’en ai rien comme en témoigne les statuts du CNV:
« Le CNV est un établissement public industriel et commercial, placé sous la tutelle du ministre chargé de la Culture.
Il a pour missions principales de soutenir les entreprises de spectacles, sur les fonds collectés par la taxe sur les spectacles de variétés, de développer des activités commerciales dans l’intérêt collectif de la profession, et de mettre en oeuvre un Centre de Ressources sur l’environnement artistique, économique, social, technique et patrimonial du spectacle vivant dans le secteur de la Chanson, des Variétés et du Jazz. ».
A la rubrique « aides accordées », vous aurez la surprise de constater que le CNV aide de nombreux artistes souvent confidentiels (tel le bien nommé Nicolas Bacchus) et des lieux de spectacles. La Scène Nationale de Cavaillon n’a donc pas pour mission d’aider la production musicale; elle n’a pas le rayonnement national qui permettrait à Florent Marchet d’assurer la promotion de ce deuxième album.
Il faut peut-être arrêter de se moquer du public. Celui-ci peut très bien mener ses investigations (via l’Internet). Le départ présumé de Florent Marcher pour le CNV semble être cohérent avec son parcours et son projet. Il n’allait tout de même pas s’enfermer dans un théâtre militant pour spectateurs acquis aux logiques anti- industrielles !
Before...