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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Au Festival d'Avignon, Pippo Delbono se rend aux fous et nous sauve.


Il s'installe au fond des gradins, bafouille quelques mots en français puis se reprend : « je dois parler italien sur recommandation du consulat ». Premier accent de vérité. Rires crispés dans la cour du lycée Saint Joseph. Le metteur en scène Pippo Delbono revient au Festival d'Avignon avec « La menzogna » (Le mensonge). Le décor impose une bâtisse au long mur gris avec au centre, une ouverture de porte qui conduit dans le noir. À gauche, des vestiaires d'usine ; à droite, un cimetière avec des caveaux transparents. Au centre, plusieurs petites scènes pour assurer le spectacle et la torture. On pense immédiatement à un camp de concentration ; une vision de l'enfer. La vérité ne tarde pas à venir : nous sommes à l'usine, celle de Thyssen-Krupp où en décembre 2007, sept ouvriers sont morts brûlés vifs dans un incendie. L'enquête révélera la vétusté des lieux. En Italie, trois travailleurs meurent chaque jour d'un accident du travail. À défaut d'être triste, Pippo Delbono ressent de la pitié pour toutes ces disparitions comme lors de la mort de son père.

Après un cérémonial magnifique où des ouvriers entrent dans ce four crématoire dont ils ne sortiront jamais, un film est projeté où l'on voit un aumônier italien discourir sur la financiarisation de l'économie. Le discours est implacable. Le ton est donné. Pippo redescend sur scène pour accompagner la démonstration. Au cas où nous n'aurions pas compris. N'est-ce pas la fonction de l'artiste que de descendre dans la cage aux lions ? Habillé d'un costume cravate noir, d'une lampe de poche et d'un appareil photo numérique, il se transforme en Monsieur Loyal cynique, dénonçant « le système » tout en profitant de ses largesses. Il n'oublie pas de nous y inclure en nous mitraillant en permanence. Les flashs sont autant de preuves à charge. Nous en sommes. Malaise.

C'est ainsi que pendant plus d'une heure, la troupe va défiler pour nous faire vivre cette « maison de fous », notre maison commune. Le plus étonnant des paradoxes, c'est qu'avec Pippo Delbono, la folie est une parade émouvante de corps marqués, où le cabaret ressuscite les âmes damnées pour nous expliquer ce que nous savons déjà. Mais alors, pourquoi écrire cet article ?  Qu'importe. Pipo Delbono poétise ce que Jan Fabre dégueulait la semaine dernière dans ce même lieu. C'est un système où l'on n'a de cesse d'amuser la galerie par une société du divertissement toujours plus omniprésente, prompte à répudier aussi sec ceux qu'elle a encensé. C'est un système où la seule sortie est d'emprunter le chemin qui mène vers ce trou noir. Qui plus est si vous êtes une femme où l'Eglise vous remet au placard. Ici, point de justice : une fois « inexploitable », vous disparaissez à moins que vous n'aboyiez avec les loups. Et encore. Le système aura toujours raison de votre audace et de vos lâchetés.  Dans ce monde globalisé, les artistes tels des anges jouent au chat et à la souris (à l'image du Festival d'Avignon ?) mais finissent par entrer dans le rang parce que la culture a aussi son économie  et son système d'exploitation. Tout ceci, Pippo Delbono le danse avec sa troupe inimitable de gueules cassées. Le ton monte souvent, effroyablement,  comme s'il suffisait de gueuler pour se faire entendre : est-ce le signe d'impuissance de l'artiste ?

Il faut attendre l'arrivée de Bobo (qui a vécu plus de cinquante ans dans un hôpital psychiatrique) pour que cesse le vacarme. Il a l'expérience des fous et fini par ne plus les voir. Son analphabétisme est sa protection ! Il est la figure du sage et du sauveur. Après avoir vérifié que les morts sont aussi dans les placards, Bobo nous fait don d'une parade inoubliable et s'en va chercher Pippo, nu, à terre. En le priant de se rhabiller, il lui offre la possibilité de se relever alors que le père en son temps est resté à terre. En enfilant les habits du poète, ils s'avancent vers nous pour poétiser le monde. C'est leur vérité face au pouvoir berlusconien et sûrement la nôtre. Avons-nous le choix ?

Pascal Bély

www.festivalier.net


"La menzogna" de Pippo Delbono du 18 au 27 juillet 2009 dans le cadre du Festival d'Avignon. En tournée dans toute la France en 2010 (Marseille, Paris, Bayonne, Sérignan, Caen, Toulouse, Rennes, Strasbourg).

 

 

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M
<br /> Pendant plusieurs jours, à heures régulières, j'ai assisté, de haut, à quelques très rares répétitions de cette pièce qui paraissait si bien rodée qu'elle ne nécessitait que de rares mises au point<br /> journalières. La chambre où je logeait alors, donnant directement sur la cour du lycée Saint Joseph, j'étais donc aux premières loges et pouvait ainsi assister, privilégiée, à ces quelques moments<br /> de préparations. Tout comme, aux mêmes heures régulières, je voyais Bobo déambuler, l'air ravi, à travers les couloirs du bâtiment pour finir sa promenade sur un banc au soleil.<br /> L'impression de partager un peu la vie avignonnaise de ce spectacle a sans doute influencé mon jugement, car, il est vrai, "proximité" rime parfois avec "intimité". Mais j'avoue également que ce<br /> que j'avais vu durant les rares répétitions ne m'avait guère enthousiasmée, et que les critiques glanées ça et là, n'étaient pas des plus positives. C'est donc partagée que j'ai franchi un soir les<br /> murs de ma chambre pour me retrouver comme spectatrice officielle de "la Menzogna". Et là, le choc, au sens réel du terme : cette pièce, soulignée par la voix profonde de Pippo Delbono a été remuer<br /> des choses profondément enfouies en moi, et a suscité des émotions auxquelles je ne m'attendait pas. Parce que la Menzogna a cette générosité - rare - d'aller convoquer chez le spectateur des<br /> sentiments trop rarement exprimés au théâtre : en s'appuyant sur un fait réel, dont la gravité fait réfléchir, Pippo Delbono  va chercher la peur, le dégoût (pour ceux qui n'ont pas supporté<br /> la vision nue et imberbe de Gianluca Ballarè, jeune trisomique et acteur récurent des pièce de Delbono, entre autres...), la compassion, l'amour, etc... bref, tous ces<br /> sentiments bruts qui deviennent obsolètes - voir ringards - dans l'art d'aujourd'hui. Il est de bon ton aujourd'hui d'analyser une œuvre, et de laisser son affect de côté : pas que je ne sois<br /> opposée à ce procédé - l'art qui appelle à la réflexion est celui qui ouvre sur le monde - mais il est vrai également que le théâtre est aujourd'hui assimilé à l'intellect, alors que l'affect, lui<br /> est remisé aux codes décriés de "l'entertainment".<br /> Dans la Menzogna, les images sont belles, le propos est fort, Pipo Delbono est génial en commentateur, malgré les critiques des détracteurs qui le trouvent si "narcissique" (un des rôles de<br /> l'artiste n'est-il pas d'exprimer ce qu'il a dans la tête et dans le cœur ?), les acteurs sont touchants et dévoués, la scénographie est à la fois d'une simplicité déconcertante mais d'une<br /> efficacité redoutable, et, pour ma part, je suis sorti de ce spectacle avec les yeux rougis et les mains qui tremblaient...<br /> Je n'en demandais pas plus.<br /> <br /> <br />
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F
<br />  Un Italien   incarné... ou un Allemand désincarné.... on hésite .....Senior Pipo,  Herr Delbono...<br /> Un Opéra  Wagnerien.....bien sur, même du Shakespear Italien....;<br /> Un homme cheveux gominés, lunettes noires...<br /> Roméo costumé, Juliette hurlait.<br /> Moins de Cabaret ce soir  - on se souviendra néanmoins du "Travelo - Dalida" dans la cour de la Faculté des Sciences , il y a plus  de Tragédie ce soir.<br /> On a tous vu Hamlet de Ostermeier, on n'a pas suivi Apollonia jusqu'au bout....Monsieur Delbono, contrairemlent à ses contemporains , fait appel à nos pleurs...on est suspendu...larmes peut-être.<br /> > Mais  Pipo, ce soir,  s'est pris pour Jean Vilar lorsqu'à Paris au TNP, il jouait Arturo Ui de Bertold Brecht. Souvenir, clin d'oeil, reférence ?<br /> En plein "show".....un  type derrière nous a crié "c'est bien ficelé", ....et j'ai répondu "connard".....<br /> Bien sur qu'il a raison ce type...c'est vrai que c'est super bien fait...la musique, l'opéra, les cris, la douleur, leurs  morts...on est pris bien sur par son éssouflement quand il parle, nous chuchotte dans le micro ses obsessions lancinantes, on aime son souffle d'émotions, Pipo on t'adore , on te deteste, tu nous fais mal, tu nous fais du bien.<br /> Tu es notre Hiroshima  de Alain Resnais, tu parles comme Ennanuella Riva qui se souvient de Nevers-Hiroshima..<br /> Tes ficelles sont impeccables et c'est certain, elle tisse un piège.....on rentre ou on rentre pas.<br /> On t'aime, on te hais....attention tu racontes toujours la même histoire en partant d'un prétexte...mais ce n'est pas grave......on t'aime on te hais quand tu te prends pour Taddéus Kantor, quand tu te fais voyeur, exhibitionniste, photographe ironique , tu vas avoir un sacré album de photo.<br /> Mais bon.....c'est quand même vraiment bien.....souffle coupé comme toi, quelques yeux humides...je peux pleurer  ?...on va pas me dire attention sensiblerie et non dramaturgie...<br /> Et puis vous êtes nus encore, cette année, la guerre, à poil, le gras du bide, les petites couilles.....Tu nous montres tout par ta nudité. Tu as maigris et tu restes devant  "nu / nous"...tu jouis de nos regards, Jean Luc aussi est nu....pourquoi encore êtes-vous nus ?....Jean-luc n'est plus l'autiste, il est devenu le Comedien.....tu nous le montres aussi...<br /> Jannot Lucas est devenu comedien grace à toi, à cause de toi.<br /> Tant mieux , c'est bien....mais merde..... tu l'exhibes un peu trop....Pipo,.....Monsieur Loyal.<br /> Ce ne sont pas des bêtes de foire...maitenant ils existent par eux-mêmes...ils sont autistes , sauvages, SDF...ok maintenant ils actent, ils font l'acteur, ILS SONT COMEDIENS.....grace à toi ok, je te l'accorde.<br /> En toute humilité...bande d'exibitionnistes que l'on adore.....on est content de te voir amaigri, ayant quitté ta bonhommie pour une classe terrible.....t'as de l'allure en Blues Brother, mec  !<br /> Alors on a pu adorer, on a pu aimer...on a pu detester  et critiquer.....<br /> Le principal c'est d'avoir été pris à ta saloperie de piège, on est tombé dans tes filets, on a frémis, on a eu le coeur félé.....quand même on ira te revoir.....et puis ta santé est bonne maintenant...ça c'est bien.<br /> ><br /> > 
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A
Eh bien alors cette fois c'est toi qui a su tisser tout le sens de ce spectacle qui m'avait un peu échappé... merci pour l'article !
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