Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
C’est le dernier spectacle de l’édition 2006. Olivier Py, auteur et metteur en scène de talent, a été missionné par la Direction pour célébrer le 60e anniversaire du
Festival à partir des écrits de Jean Vilar, son fondateur. Il s’agit « d’imaginer l’avenir du théâtre populaire ». Rien que ça.
Dans l’indifférence quasi générale, un homme, visiblement ému, tient une pancarte sur la place du Palais des Papes : « 35 euros la place : voilà
le théâtre populaire vu par la Direction du Festival ». Comment ne pas être d’accord avec lui, même si je conteste le procédé qui culpabilise ceux qui ont acheté leur billet. Cela
dit, nous ne l’avons pas tous acquitté: la Cour n’est pas remplie et de nombreux spectateurs ont été invités. Avant même que le spectacle commence, cette soirée signe symboliquement la mort de
l'idéal de Jean Vilar. Est-ce une raison pour l’enterrer une deuxième fois ? « Les écrits de Jean Vilar » par Olivier Py vont s’aventurer sur le
terrain nauséabond de la démagogie et du mauvais goût.
Je suis d’une génération qui n’a pas connu Jean Vilar. La Maison qui lui est dédiée en Avignon m’a
souvent aidé à cerner la complexité de cet homme qui a fait du théâtre populaire un acte d’engagement politique et artistique. Mais je ressentais le besoin de rencontrer Jean Vilar…sur la
scène !
Malheureusement, Olivier Py donne aux écrits de Vilar une vision réductrice et caricaturale. Est-il nécessaire pour appréhender le propos politique d’un homme, de le
caricaturer dans ses excès (la scène où il s’adresse à ses comédiens après une représentation le fait passer pour un obsessionnel) ? Est-il utile, lorsqu’on évoque les intellectuels de
l’époque, d’affaiblir leur propos en les affublant de tics de langage et autres excentricités vestimentaires (voir Genet déguisé en Pape, les fesses à l’air est affligeant de
bêtise) ?
Est-il judicieux, par les temps qui courent, de réduire le mouvement de Mai 68 à des corps nus et autres fumées ? Est-il intelligent d’annuler la portée
politique des discours de Vilar en les alignant pour suivre une chronologie paresseuse?
Les écrits de Vilar ne sont pas destinés à être joués sur scène. Une lecture spectacle aurait été bien plus pertinente. Mais Olivier Py se croit au-dessus
des textes. Il neutralise le fond par des effets de forme issus de sa dernière création « Les vainqueurs » joués au
Festival en 2005.
Py, à partir des textes de Vilar, rend hommage à Py et en profite pour régler définitivement ses comptes avec l’édition 2005 du Festival (l’épisode de mai 1968 fait penser aux chorégraphies de Jan Fabre ; Vilar affirme à plusieurs reprises
l’importance du théâtre de texte). Oserais-je évoquer le jeu des comédiens ? Philippe Girard dans le personnage de Vilar porte un habit trop grand pour lui. Le reste de la troupe change de
rôles comme de chemises par un jeu d’imitation pathétique (la scène avec Jean-Paul Sartre fait un peu honte).
Olivier Py nous a servi un spectacle indigeste. Caressé dans le sens du poil, le public applaudit chaleureusement. Je doute qu’il s’interroge sur l’avenir du
théâtre. Pour 35 euros, il en a pour son argent : du rire, du texte et quelques scènes qui n’ont pas fini d’alimenter ses préjugés sur la politique culturelle et les intellectuels. Ce n’est
donc pas le Festival d’Avignon qui va repenser le théâtre populaire, mais les citoyens, le politique. Reste à trouver l’Agora qui permettra ce beau défi. Loin des discours démagogues d’artistes
enfermés dans leurs certitudes et leur vision réduite du théâtre de texte.
Pascal Bély - Le Tadorne
Le bilan du Festival d'Avignon 2006, c'est ici!