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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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"Ode maritime" de Claude Régy : d'Avignon, les bateaux à voiles soulèvent les âmes.

Nous avons enfin trouvé les mots bleus. Ils ont arrêté le flot de paroles assourdissantes de ce festival. Jean-Quentin Châtelain s'avance vers nous, sur ce ponton métallique, vers cet océan de spectateurs prêt à vivre une expérience poétique inoubliable. Le décor est en soi un poème. À peine les vers de Fernando Pessoa résonnent que son visage, bleu, illumine, tel un phare. Comme avec Maguy Marin dans « Description d'un combat », la lumière amplifie le sens, prend la parole, et rend mystérieux cette poésie éclaireuse.

Cet homme est navire et nous devenons brume. Nous nous apprêtons à renaître, à nous plonger dans ce liquide amniotique de mots, fluidifiés par la voix de l'acteur dont le son rappelle la vague qui s'échoue. L'homme se tient droit pour puiser nos forces et nous emmener au large. Avec lui, nous retrouvons la vue des marins, nous ressentons l'air des pêcheurs, et entendons le bruit des bateaux alors que son râle traverse nos corps. Cet homme sur ce quai mélancolique nous dépossède de nos oripeaux, appareille avec nos désirs de voyages et nous accoste lentement par ses gestes doux pour qu'on apprivoise ses terres inconnues.

La mise en scène crée des archipels où sons et lumières prolongent la poésie de Pessoa : « tout se révèle multiple». Il faut toute l'ingéniosité, voire la malice de Claude Régy (quand le son monte, nous sursautons ; quand la lumière baisse, nous plongeons) pour nous attacher à cet acteur tout en nous déplaçant : ici, le dialogue est à deux, sinon rien. Car la mer charrie tant d'histoires et d'évolutions (de l'enfance à la mort, des bateaux à voiles au paquebot, de l'esclave à l'homme moderne,...) que nous ne pouvons baisser pavillon.

Et nous voilà accrochés à cet acteur qui divague parce qu'un tel voyage n'arrive qu'une seule fois dans une vie.

« Ah, n'importe comment, n'importe où, s'en aller !

Prendre le large, au gré des flots, au gré du danger, au gré de la mer,

Partir vers le Lointain, partir vers le Dehors, vers la Distance Abstraite,

Indéfiniment, par les nuits mystérieuses et profondes,

Emporté, comme la poussière, par les vents, par les tempêtes !

Partir, partir, partir, partir une fois pour toutes !

Tout mon sang rage pour des ailes !

Tout mon corps se jette en avant !

Je grimpe à travers mon imagination en torrents !

Je me renverse, je rugis, je me précipite !...

Explosent en écume mes désirs

Et ma chair est un flot qui cogne contre les rochers ! »

Fernando Pessoa - « Ode Maritime ».


Pascal Bély - www.festivalier.net

 

"Ode maritime" de Fernando Pessoa mise en scène de Claude Régy, au Festival d'Avignon jusqu'au 25 juillet 2009 à 22h.

Photo: Pascal Victor.

voici les dates connues de la tournée:  Du 19 janvier au 4 février 2010 à Strasbourg; du 9 au 11 février à Lorient; du 8 au 20 mars au Théâtre de la ville à Paris; du 25 mars au 1er avril à Toulouse; du 6 au 9 avril à Montpellier; du 20 au 23 avril à Lille; du 27 au 29 avril à Belfort; du 4 au 7 mai à Grenoble; du 19 au 21 mai à Reims.

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S
<br /> Merci Pascal pour votre accueil; j'en suis tout à fait honoré.<br /> Je viens de lire votre article sur Brest qui affirme encore votre indépendance et encourage la nôtre. Dites moi le processus à suivre et je vous dirai quel spectacle je suis susceptible de voir. A<br /> bientôt; Sylvain.<br /> <br /> <br />
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L
<br /> Dès que vous le sentez, vous pouvez m'envoyer un article. Et je verrais avec vous comment il peut s'inscrire dans le Tadorne. Ce sont nos allers et retours qui "feront" l'article tadornesque!!<br /> Il y a déjà Laurent, Elsa, Bernard, Diane, ...<br /> bien à vous,<br /> Pascal<br /> <br /> <br />
S
<br /> ... quel bonheur de lire ces approches, élections si particulières, tracées, évaluées par le langage et l'entendement. Souvent d'autres argumentations souterraines s'y attachent, semblent se taire,<br /> jaillir dans la retenue ou se disséminer dans les ponctuations.<br /> <br /> J'étais aussi néophyte que Pascal et aussi curieux de découvrir une mise en scène de Claude Régy. Ce fut une bien étrange expérience de spectateur, m'enlisant savamment dès le premier mot dans une<br /> langue liquide. Marées, flux et tempêtes m'ont entraîné dans les circonvolutions d'une passion fragile puis sauvage. Texte extraordinnairement menée par cette ascèse du détail théâtral où chaque<br /> son et chaque vibration lumineuse m'ont fait quitter le port.<br /> Là, en plein océan, l'âme de Pessoa déraille. On ne sait si l'on dort ou si l'on s'ennuie. L'ennui de l'être, calme heideggerrien... Somnolance asiate. Et pourtant au fond de la nuit théâtral on<br /> entend cet appel au secours auquel on ne peut répondre sinon en ressentant la même cruauté, la même faiblesse.<br /> <br /> Quand les lumières s'allument, je resterai complètement ébahi par l'embrasement de la salle, criant des bravos, tapant sur le sol, pour dire qu'ils avaient été là, présents, même endormis, ou<br /> hypnotisés pendant ces longues minutes immobiles et pourtant si chahutées à l'intérieur.<br /> <br /> Je tenais néanmoins à exprimer à la personne qui m'accompagnait une différence, une critique pour réfléchir au travail de Claude Régy. Outre la radicalité et l'honnêteté de cette représentation,<br /> l'exigence apporté à la diction et à la machine poétique de Pessoa, il m'a semblé que la qualité même de cette lecture recélait son propre défaut : sa forte subjectivité. Claude Régy nous partage<br /> l'amour de ce texte et grand bien nous emporte, vous en conviendrez suite à votre achat du livre dès le lendemain... mais je ne suis pas sûr de lire Pessoa comme Claude Régy, autrement dit, je ne<br /> sens pas le poète aussi plaintif que la voix de Châtelain nous la propose. La forme d'affaissement qui se joue plusieurs fois dans l'interprétation m'a parfois abattu et ne m'a pas toujours laissé<br /> ressentir cette énergie enfantine certes enfièvriée de masochisme mais sur lequel semble insister un peu le metteur en scène.<br /> <br /> Mais aujourd'hui que ce spectacle est passé, que ce grief s'est envolé, me reste ce sommeil comme une échappée fulgurante, la parole du poète comme seule nourriture.<br /> <br /> <br /> <br />
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L
<br /> merci, merci Sylvain pour ce commentaire qui est en fait un article.<br /> C'est quand vous voulez pour être un tadorne. Je vous accueille!<br /> A bientôt,<br />  pascal<br /> <br /> <br />
P
<br /> Bonjour Maud et merci pour votre commentaire.<br /> Je suis d'accord avec ce que vous écrivez sur l'attitude de ce public qui, après avoir bien dormi, se lève et applaudit! Pour ma part, je ne connaissais pas Claude Régy (et oui...) et cette pièce<br /> fut un moment de totale libération au regard de la programmation plutôt decevante de l'édition 2009 du Festival d'Avignon. J'étais fasciné par l'acteur, la mise en scène et pas une seule fois mon corps n'a flanché! Je découvrais la poésie sur scène. Et<br /> comme vous, le lendemain, j'ai lu "Ode maritime".<br /> Aujourd'hui, le recueil est sur ma table de chevet. Je suis donc un contre exemple: Claude Regy m'a ouvert les yeux, moi qui ne vient pas de "l'etablishment". Je ne le remercierais jamais<br /> assez.<br /> Revenez Maud! J'aime bien vous lire.<br /> pascal<br /> <br /> <br />
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M
<br /> Il est tard, la pièce est longue - infiniment longue ; autour de moi s'endorment peu à peu des spectateurs usés par une journée de déambulation à travers la vieille ville. Oui : bercé par la<br /> litanie "régyesque" de Jean-Quentin Châtelain à qui on a formellement interdit de bouger le corps ne serait-ce que d'un millimètre (Cf. Isabelle Huppert dans "4.48 Psychose" de Sarah Kane" ;<br /> décidément, moi qui pensait qu'un artiste devait se renouveler sans cesse, et que l'époque du Nouveau Roman et de la Nouvelle Vague était enfin révolue...), apaisé par la pénombre ambiante dans<br /> laquelle il devient difficile de garder les yeux ouverts, rassuré par le ton de voix bas et quasi-monocorde de ce grand acteur, mon voisin de droite ronfle paisiblement tandis que celui de gauche<br /> ne cesse de se tortiller dans son fauteuil résistant, lui aussi, à l'appel du sommeil ; et ce spectacle qu'ils m'offrent tout les deux parvient - heureusement ou non - à me faire tenir le coup.<br /> Parce que cette pièce est un cas typique du festival IN : après 2h (3h ? 4h ? ...plus ?!) d'ennui total de ma part, et de ronflements éparpillés ça et là dans la salle, les spectateurs, tirés de<br /> leur léthargie au moment des premiers applaudissements (je les ai vus !), se lèvent subitement et crient au génie. Et qu'on se lève, et qu'on bravotte à qui mieux-mieux ; forcément, Claude Régy,<br /> c'est un peu le metteur en scène que tout le monde connaît, celui qu'on va voir parce qu'on connaît son nom. Mais c'est aussi le théâtre que je n'aime pas ; je devrais dire : le stéréotype du<br /> théâtre que je n'aime pas : celui qui fait fuir les non-avertis, et qui donne aux arts de la scène cette réputation d'art "intello" qui creuse encore parfois le fossé entre l'artiste et le public.<br /> Tout y est minimaliste : la scénographie, les costumes, la musique, et surtout, l'interprétation. J'exècre l'emphase et le débordement, mais j'aime l'acteur qui s'engage et le metteur en scène qui<br /> prend des risques. Ici, rien : peu de forme, et surtout, si peu de fond... La "diction" (car c'est bien de cela qu'il s'agit) est bonne, un peu mélodique, certes, mais agréable à écouter, comme une<br /> belle musique qui passerait en fond sonore. Oui ; "agréable", c'est bien ça le problème, car tout ça dit bien peu de ce sublime texte qui aurait mérité un peu moins d'intellect et un peu plus...<br /> d'affect.<br /> <br /> Le lendemain, j'ai couru à la librairie ; j'ai acheté "Ode Maritime" de Pessoa, et je l'ai lu au soleil, sur la terrasse d'un café pittoresque...<br /> Le moment fut... magique.<br /> <br /> <br />
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