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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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La nuit avec Wajdi Mouawad au Festival d'Avignon. En étiez-vous ?

Trois regards de spectateurs...éclairés par une nuit de théâtre avec Wajdi Mouawad.

7h40. Les oiseaux affolés crient dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes. C'est une fête au cœur de leur migration. Le public ovationne. Cela n'en finit pas. Depuis combien de temps la Cour n'avait-elle pas résonné, déraisonné ainsi ? Wajdi Mouawad rejoint sa belle troupe sur scène. L'homme est touché. Il entre dans l'histoire du Festival d'Avignon.

Comment un tel miracle a-t-il pu se produire ? Comment onze heures après, sommes-nous encore là, décomposés de bonheur, regards illuminés et couverts des sédiments déposés par nos imaginaires incendiés. Trois œuvres ont fait leur travail. Nous avons fait la traversée. Ensemble. Car ce théâtre ne nous a jamais isolé, mais englobé dans un « vivre ensemble », une mémoire vive, une nation de spectateurs. Ce « nous » s'est construit tout au long de la nuit : à la troupe de comédiens sur scène répondait l'assemblée des femmes et des hommes venus le temps d'une nuit, se retrouver, dans la cour, « abattre ce mur », pousser les cloisons, pour un festin orgiaque de théâtre !

Le voyage du fils (exceptionnel Emmanuel Schwartz) pour enterrer son père dans sa terre natale (« Littoral »,), le périple de Jeanne et Simon, jumeaux, pour écrire l'histoire de leur mère décédée (« Incendies »,) l'enquête de Loup sur ses origines (« Forêts ») : autant de destinées qui finissent par se relier à la nôtre. Combien de deuils impossibles à faire, d'origines non élucidées, de chagrins enfouis parmi les spectateurs ? Pour créer un théâtre humaniste, il faut nous traverser et ne pas nous prendre de haut. Mouawad le sait. Pour cela, La Cour d'Honneur est priée de perdre de sa superbe : il l'habille de sons à l'aide d'un long rideau de lamelles qui, par léger mistral, produit une caresse auditive. Ce soir, point de décor imposant, tout n'est que chaises, murs lacérés, lumières horizontales, tables de bois, petit et grand cahier : avec peu, on fait beaucoup ! Ces objets portent encore l'empreinte des corps des ancêtres et des jeux de l'enfance. Son théâtre suinte ; sa scène transpire : le liquide est partout. Du vivant. Même les mots s'humanisent par cette palette d'accents qui jouent avec le Français comme autant de sonorités métissées au cœur de nos histoires enchevêtrées.

Ici, l'homme travaille, ne renonce jamais face au poids de la transmission : on s'émancipe pour ancrer l'histoire dans un futur à réinventer : cela en est presque magique. Avec Mouawad, les liens sont si tissés qu'ils vous accueillent pour soulager vos peurs et vos pleurs : ressentir sa mère trop tôt disparue, imaginer la grand-mère que l'on n'a pas connue, retrouver le frère, le jumeau, pour se rassurer et calmer sa violence. Et l'on traverse les terres (dans le désert, au loin, dans la forêt de France, pays des contes et des légendes) pour aller vers la mer ; et l'on traverse les corps décomposés, statufiés et dansés.

De ces terres arpentées et labourées, nait le jardin des délices.

Mouawad fait d'une scène le tableau du peintre, la focale du photographe. Tout n'est que visions inanimées que l'artiste « mouvemente ». Ses arts florissants  nous redonnent de l'unité, recollent les morceaux : cela va chercher loin tout ça.

Il me faut maintenant revenir.

Pascal Bély - www.festivalier.net


 

Ce que j'ai appris. Tout. Ce que je sais. Rien.  J'ai été spectateur d'une nuit. Un temps. Un lieu. Que j'ai aimé ? Oui. Que j'ai aimé chacun de vos mots avec force, avec rire, avec froid, avec douleur. Chacun des mouvements articulés autour de la parole dans cet espace de la cour d'honneur. J'ai assisté à la première, le 8 juillet dernier et cependant, une question m'interroge encore. Peut-on aimer le malheur des autres, comme le sien ? Je n'arrive toujours pas à répondre à cette interrogation. Elle me cavale dans la tête en résonnance à des images de votre nuit. De notre nuit. Et pourtant, j'ai été touchée profondément dans vos propos sur la femme, l'enfant,  la jeunesse, l'Histoire, la mémoire, la mort, la vie, ma vie, notre vie. Votre public vous l'a dit lors de vos interventions publiques du festival. Il vous aime d'avoir dit ce que nous vivons tous tout bas, il vous en remercie tout autant. Et vous de recevoir l'écho de vos paroles humblement, naïvement car la tâche de donner n'est pas aisée. Nous sommes restés toute une nuit pour réfléchir ensemble à notre intime collectif. Ensemble, nous avons vécu des vies vraies, de la joie et du chagrin.

Plusieurs fois j'ai regardé les gradins. Nous sommes tous restés, enchaînés à la vérité.

Ensemble une nuit.

Diane Fonsegrive

Loup, Nawal, Wilfrid... J'ai fait votre connaissance le temps d'une nuit. Une rencontre issue de

l'écriture de Wadji Mouawad .  Une journée s'est écoulée, et pourtant, je vous entends encore, je vous vois encore, je vis avec vous encore.

Douze heures. Il a suffi de douze heures de représentation dans le lieu magique de la cour d'honneur, pour être ému. C'est dans un élan naturel que je me suis levé pour vous applaudir au petit matin. La couverture, qui a recouvert mes jambes durant la représentation, est tombée à terre, comme ses corps torturés, en mal d'existence, chahutés par la remarquable écriture de son auteur.

Je vous ai scruté du regard de spectateur que je suis. En entrant dans l'enceinte du palais des papes, j'étais un, en ressortant, j'étais un autre. Oui, car l'écriture de Wadji Mouawad bouleverse, met en lumière la véritable nature humaine. Il s'agit d'un théâtre de l'humain, fait de chairs, de sentiments, d'amour.

L'année dernière, vous m'aviez fait exploser l'idée du cadre identitaire que je me représentais avec votre pièce « Seuls ». Aujourd'hui, vous m'avez  ouvert les yeux sur notre condition humaine et je vous en remercie.

C'est à l'unisson que le public vous a regardé, c'est à l'unisson que nous vous disons bravo.

Laurent Bourbousson


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B
Quel enchantement ce fut! Quelle chance d'avoir pu participer, même du côté des spectateurs à une telle aventure théâtrale, à une telle expérience esthétique! Et quel plaisir de voir que cette aventure fut partagée!:-))Belette
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L
Je vois que personne n'est sorti indemne de cette magnifique nuit.Cette trilogie déclenche une exacerbation de tous nos sens:Le coeur bat,les yeux se mouillent,le corps lutte,la pensée sature ...Et après ce processus, nous en sortant grandis,car en une nuit les souvenirs enfouis,les sentiments surgissent,explosent.Depuis, je n'ai de cesse d'en faire part autour de moi,de lire tous les articles sur Wajdi Mouawad ;ses mots résonnent en moi.Je regrette de ne pas l'avoir écouté lors d'une conférence.La nuit est tombée avec les chauves-souris et le jour s'est levé avec le vol des Passereaux...Vraiment quelle belle nuit.Elle m'habite encore et me marquera comme une belle étape, grâce à toute la complexité qu'elle a éveillé .
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L
J'observe que après ces 11h, nous en sommes tous ressortis profondément bouleversés.Le processus de cette trilogie a comme ouvert nos modes de pensées,nos souvenirs enfouis...Je ne cesse de revoir cette nuit,de parler de ces pièces autour de moi,de lire les articles et interviews de Majdi Mouawad avec délectation.Ses expressions me semblent tellement chargées de vérité,d'émotions vives.Je suis revenue d'Avignon heureuse d'avoir pû partager cette nuit avec ce public.Quel Plaisir de vivre des instants aussi forts,de se sentir vivant et porté ensuite par toute la complexité des pistes de reflexions éveillées par ce spectacle.Je regrette de ne pas avoir pû assister à une conférence en présence de cet auteur.C'était comme un beau  songe éveillé .Quelle belle idée de présenter dans la durée car cela accentue l'effet d'imprégnation des sentiments.Le coeur bat,les yeux se mouillent,le corps lutte,la pensée se concentre...On traverse vraiment cette trilogie ,tous les sens en éveil ;La nuit tombe avec les chauves- souris,le jour se lève avec les passereaux...
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C
Quelle épaisseur éditoriale, un véritable labour au creux des plis de l'expérience humaine !
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