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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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A Montpellier Danse, le corps papyrus d’Angelin Preljocaj.

L'écoute est profonde. Le public est sur un fil, en équilibre, prêt à tomber parce que la hauteur donne le vertige. Nous le regardons, le suivons pas à pas, pour ne perdre aucun geste, n'égarer aucun mot. Aurions-nous peur pour lui ? A-t-il peur de nous alors que nous attendons tant de cette rencontre pour peupler notre imaginaire de mythes et de héros ? Tandis que le temps de la catastrophe habite les propositions chorégraphiques acutelles,  aurions-nous paradoxalement besoin  de ressentir celui de la fragilité ?

Le chorégraphe Angelin Preljocaj incarne le texte de Jean Genet, « le Funambule », texte passionné à l'attention de son amant acrobate. À 52 ans, alors que sa compagnie parcourt le monde avec « Blanche Neige », l'homme s'est retrouvé seul pour créer et adapter ce texte d'amour. Il répéta, tel un visionnaire, scrutant le ciel d'Aix en Provence du haut du dernier étage de son bien nommé Pavillon Noir, bâtiment de verre et de béton. Ici, sur la scène de l'Opéra, tout n'est que rouleaux de papier chutant du plafond, décollant du sol, et projettant en ombres chinoises le corps d'un artiste en équilibre entre danse et texte. Et l'on ne peut en faire l'impasse : cet artiste là, est Angelin Preljocaj. L'acrobate est son double. Rien ne vient troubler cette métaphore.

Ni le ton de la voix souvent monocorde : il se plaît à dire dans les interviews qu'il n'est pas comédien. Certes, mais c'est un "chorégraphe poète".

Ni l'exceptionnelle scénographie dont il a l'habitude d'habiller ses œuvres. Le papier roule, s'enroule, déboule comme un danseur ; colle au corps tel un suaire, et l'enveloppe de lumière pour le projeter vers les parois étanches de notre imaginaire.

Ni sa danse. Je le reconnais comme étant le treizième homme d'une de ses pièces « MC 14/22, ceci est mon corps» où douze danseurs, pour signifier le corps masculin, jouent avec des tables pour le disséquer, le malmener, l'interroger. Lui donner forme humaine.

Ce soir, Angelin Preljocaj semble poursuivre ce travail en incarnant le corps masculin avec une matière poétique qu'il malaxe, qu'il menace avec un couteau, avec ce décor qu'il déchire, qu'il fait saigner, qu'il décolle.  En lieu et place des tables de « MC 14/22 », un autel. L'amour serait-il à ce point sacré ? Le décor épouse tout à la fois la puissance du lien amoureux et la fragilité d'un art, la danse, qui froisse les corps tel le bruit d'un gobelet en plastique écrasé.  « Ceci est mon corps » semble-t-il nous dire en substituant au vin du calice ,une pluie d'or qui vient se coller à son corps transpirant. « Ceci est ta danse » voudrait lui répondre le funambule.

De ce dialogue imaginaire, né le spectateur équilibriste qui se plaît à tendre un fil d'Ariane pour retrouver son chemin parmi ce langage poético-chorégraphique. Mais surtout pour  ne pas perdre le lien avec cet artiste funambule qui met le feu aux mots avec son corps brûlant d'amour pour la danse.

 

 «Peu nous importe à toi et à moi un bon acrobate : tu seras cette merveille embrasée, toi qui brûles, qui dure quelques instants. Tu brûles. Sur ton fil tu es la foudre. Ou si tu veux encore un danseur solitaire. Allumé je ne sais par quoi qui t'éclaire et te consume à la fois, c'est une misère terrible qui te fait danser. Le public ? Il n'y voit que du feu, et croyant que tu joues, ignorant que tu es l'incendiaire, il applaudit l'incendie.» Jean Genet.


Pascal Bély

www.festivalier.net

Le photographe Laurent Paillier a  aimé ce funambule. Les photos sont ici.

 

« Le funambule » de Jean Genet par Angelin Preljocaj a été joué les 22, 23, et 24 juin 2009 dans le cadre du festival Montpellier Danse.

Crédit photo: Jean-Claude Carbone.

 

 

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L
Plus de photos de cette pièce à partir de Ma photothèque sur la danse
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S
très bel article; comme sylvie et vous, j'ai ressenti la force poétique de ce "funambule". moi aussi, une spectatrice n'a pas arrêté de souffler et commenter. J'y ai vu une exaspération de ne pas pouvoir classifier: "ce n'est pas de la danse" "il est mauvais comédien"...Pas facile d'être spectateur par les temps qui courent!sabinesète
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L
Merci Sylvie pour votre contribution. En quittant l'Opéra, j"étais troublé mais bien incapable de formuler quelque chose de cohérent. Ce n'est que ce matin que la poésie m'a embarqué. C'est une oeuvre qui demande du temps.En tout cas, l'édition 09 de Montpellier Danse est particulièrement sensible.A bientôtpascal
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L
Je partage vos observations.Je me suis sentie hapée dans cette lecture du texte de Genet ; je la sentais autobiographique pour l'artiste.Son art le rend exigeant et le laisse dans sa solitude,ses questionnements,ses doutes,sa mort...Le fil de ce funambule ,à la moitié de sa vie, m'a renvoyé au sens de sa propre vie et nous renvoie à la notre aussi.Son corps est beau,mais sa maigreur me faisait penser à l'expression du corps malade mais encore fort et battant dans son expression.Sa posture élégante pour souffler,montrait l'homme aussi dans sa faiblesse,ou ses limites.J'ai vu il y a quelques jours Bartabas et je ne peux m'empecher de faire le parallèle entre ses hommes passionnés mais sentant peut être venir un certain désenchantement.Ce soir ,j'ai aimé écouter ce texte et suivre la grâce de cet homme.c'était une magnifique et courageuse mise à nue.Ces images,ces sons me hantent encore.C'était vraiment un beau moment de poésie.J'ai detesté la personne derrière moi qui contestait.Sa sensibilité ne lui parlait pas aparremment.
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