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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Catastrophique KunstenFestivalDesArts.

Est-ce un hasard de la programmation ? À moins que cela ne soit calculé, prévu. Toujours est-il que les spectateurs du KunstenFestivalDesArts ont frôlé la catastrophe. À plus d'un titre.

Alors que la Belgique sort à peine d'une crise politique, voir une pièce co-mise en scène et jouée par deux collectifs, l'un francophone (« Transquinquennal ») et l'autre néerlandophone (« Tristero ») est risqué!

Proposer « Coalition », oeuvre sur la « catastrophe » tandis que menace la grippe porcine, est un télescopage pour le moins hasardeux. Si l'on ajoute à ce cocktail explosif, un sujet politique, sociétal, interprété avec humour, où les mots, les objets, les corps s'articulent dans un numéro d'équilibriste qui peut à tout moment sombrer dans le ridicule. Vous l'aurez compris, ces acteurs-là réussissent à créer un bel enchevêtrement où performance, théâtre, happening forment un tout jouissif.

Il y a d'abord cet écran vidéo où s'écrit la longue histoire de la catastrophe au théâtre (incendies, décès d'artistes sur scène, spectateurs morts de rire, prise d'otage). On en aurait presque oublié que l'art ne protège pas du malheur, mais l'inclut dans une dramaturgie qui fait envie. Et si la catastrophe nourrissait les formes artistiques ?

Il y a cet écran télé où un accident d'avion militaire soviétique, vu vingt ans après, prend des allures de farce (que dirons-nous du 11 septembre dans une décennie ?) comme si l'image du drame ne résistait pas au temps, à force de ne véhiculer que de l'émotion.

Il y a cette scène, où se joue un « ici et maintenant », espace possible d'une catastrophe imminente, dans ce théâtre bruxellois, au cœur du festival. On y célèbre des scènes « dramatiques », burlesques, qui créent la complicité avec le public, où le corps protégé, cagoulé, enveloppé métaphorise nos sociétés précautionneuses qui oublient trop souvent de s'interroger sur le sens des désastres passés et à venir. La mise en scène génère la tension par la mise en résonance de ces trois tableaux, où le spectateur ressent tout à la fois de la peur, une jouissance morbide, mais aussi le potentiel créatif inclut dans toute catastrophe.

C'est ainsi que « Coalition » réussit à créer un climat « paradoxal» où l'imprédictible se fond dans le prévisible, où l'espérance d'un monde meilleur se nourrit du malheur provoqué par les dégâts du progrès. Si bien qu'à la sortie du théâtre, on s'étonne d'espérer qu'une catastrophe majeure puisse nous permettre (enfin) de trouver les remèdes à la crise économique, sociale et écologique.

Le KunstenFestivalDesArts n'est quand même pas allé jusqu'à nous faire tomber le ciel sur la tête.

Pascal Bély

www.festivalier.net

 

A écouter la chronique de Christian Jade de la RTBF.

 

"Coalition" par Tristero / Transquinquennal a été joué du 3 au 10 mai 2009 dans le cadre du KunstenFestivalDesArts de Bruxelles.

 

Le KunstenFestivalDesArts sur le Tadorne:

Bruce Gladwin sidère au KunstenFestivalDesArts de Bruxelles.

Ma quête d’Europe au KunstenFestivaldesArts de Bruxelles.

Au KunstenFestivalDesArts, Federico León: no future.

Au KunstenFestivalDesArts, chercheurs-artistes: le Nouveau Monde.

Au KunstenFestivalDesArts, "plus belle la vie".


Crédits photos:

photo 1:© Herman Sorgeloos

photo 2: © Academie Anderlecht - Nancy Geeroms

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C
La catastrophe comme thriller improbable n'arrête pas de se mettre en abîme, à travers une crise érigée en spectacle où l'on compte les victimes d'un point de vue distancié, comme pour la grippe. Ceux qui sont touchés se taisent, quelques uns utilisent des moyens d'apparaître sur les écrans, entrant eux-mêmes dans le jeu du spectaculaire intégré (Debord). Dans ce tout spectaculaire en attente d'une catastrophe qu'en revanche personne n'ose image-iner, le théâtre semble jouer son rôle de suggestion vraie de la catastrophe en devenir, comme un anti-spectacle par résonances fugitives. La Belgique hybride (et visionnaire - Szeeman) paraît de surcroît pouvoir jouer un rôle éminent dans la suggestion d'une fracture déjà palpable outre Quiévrain. Seul l'effroi avant la chute fera se mettre en mouvement les capacités non encore révélées. Car tout sera différent, le théâtre est alors pré-science et pré-séance ... salutaire ? Très sincèrement, vive le théâtre et vive la Belgique, aux avant-postes du gouffre !
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