Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

Publicité

Avec « Turba », la danse de civilisation de Maguy Marin.

 


Qu'écrire sur cette œuvre chorégraphique non identifiée que même Télérama est incapable d'entendre et de voir par paresse et démagogie? Elle résiste à toutes les classifications. Est-ce de la danse, du théâtre ? Mais à quoi peut bien servir cette question aujourd'hui ?

Elle ne fait référence à aucun courant des arts de la scène. On n'y danse pas au sens strict du terme, mais on y célèbre le mouvement. Nuance. Elle fait parfois tousser le public du Corum de Montpellier (à croire qu'une épidémie de tuberculose s'est abattue sur la ville), provoque des passages à l'acte (au Théâtre de la Ville à Paris, certains spectateurs sont montés sur scène), rend la critique incompétente (la Voix du Nord, Nord Eclair), clive le public à partir d'un débat impossible (car de quoi, de qui parle-t-on ?). « Turba » de Maguy Marin est donc dans un « ailleurs » qui bouleverse la place et le rôle du spectateur et nous oblige, avec radicalité dirons certains, à nous déplacer.



Cette œuvre propose un espace, mais ne fait rien à notre place. C'est à nous de construire notre chemin entre des extraits de « la nature des choses » du poète - philosophe Lucrèce  et une scène, elle-même délimitée par des acteurs - spectateurs, métaphore du cimetière de nos certitudes et du chaos naissant. Le poète René Char écrivait : « De quoi souffres-tu ? De l'irréel intact dans le réel dévasté ». Aujourd'hui, notre réel est dévasté et Maguy Marin nous propose sa révolution poétique, faite de pluralité culturelle, linguistique, et de grande mobilité à l'heure où certains s'imaginent encore un monde constitué de murs infranchissables.

Ici, la collectivité poétique pense l'action politique.  « Turba » n'est donc pas un spectacle de divertissement, mais une œuvre de civilisation. Elle « civilise » le spectateur en ces temps de perte des valeurs, d'incommunicabilité, de refus de la diversité comme levier du changement. Elle ne nous apprend rien, mais nous rend l'essentiel.  Cette œuvre est sur scène, mais elle pourrait être ailleurs (dans nos rêves alors que nous rêvons de maman, des frères et sœurs ; en plein désert alors que nous hallucinons). Elle est sur scène, nous  sommes ailleurs, mais nous donnons. Nous donnons de notre imaginaire pour communiquer avec les acteurs, pour chorégraphier les corps à mesure qu'ils s'avancent vers nous, pour créer la musique des mots en nous appuyant sur nos ressources poétiques.

« Turba » peut nous redonner confiance en nos capacités à lâcher prise. Ce théâtre-là s'inscrit dans la durée (elle dépasse le cadre horaire de la représentation). Intuitivement, nous ressentons qu'il se passe quelque chose d'essentiel sur scène, mais il nous faudra du temps, de la distance, pour repérer  cet événement.

« Turba » est à l'image d'un frémissement démocratique : alors que l'on croyait que tout était fini, le théâtre est là pour nous encourager à retrouver dans le passé ce qui pourrait nous aider à  réinventer le monde.

Pascal Bély

www.festivalier.net

 

"Turba" de Maguy Marin et Denis Mariotte a été joué le 12 mars 2009 au Corum de Montpellier dans le cadre de la saison de "Montpellier Danse".

 



Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
j'ai lu à la fois la critique du midi libre et la votre; cela m'aide à mettre quelques mots sur mes ressentis; ce n'était pas évident pour moi à la sortie de pouvoir en parler; je comprends mieux pourquoi maintenant; merci et bravo à montpellier danse  pour le respect que manifeste ce festival pour son publiclaurent -
Répondre
L
Je suis heureuse que la journaliste fasse ce retour dans la presse locale.En effet j'ai été trés surprise de voir partir rapidement le public du corum.J'essayais de comprendre ce qu'il se passait sur scène et dans la salle.J'avais besoin de me concentrer et j'étais génée par le public.J'ai un peu honte de constater que le public ne cherchait pas le sens mais critiquait si rapidement de façon primaire("Ce n'est pas de la danse,c'est insupportable...)et recherchait de l'instantané.Je redoute ce manque de patience et ce manque de prise de recul.Ces comportement m'effraient pour notre avenir de demain.Les grande lignes étaient pourtant dictées dans le programme,alors pourquoi ce manque de compréhension?Est ce le miroir de notre société:Tout, tout de suite ?Il faut prendre le temps d'éveiller les consciences,apprendre à regarder,à comprendre,à analyser,à prendre du recul...sortir des shémas habituels et créer nous aussi,spectateur ,notre propre espace.Le théâtre,la danse,pourquoi ne pas décloisonner et laisser ses sens en éveil,dans la créativité et la reflexion.Je suis heureuse d'avoir pu assister à ce soir là, au corum;je suis ressortie enrichie.Merci donner la possibilité de mieux comprendre les changements sociétaux à travers ce courant de spectacles.Je me souviendrai longtemps de cette scène luxuriante et de son climat.
Répondre
L
A lire aussi la belle critique de Lise Ott du Midi Libre:
Répondre