Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
Guy Cassiers met magistralement en scène et en espace le roman Mephisto de Klaus Mann, fils du célèbre Thomas. Ce Mefisto For Ever en a (sic) et ne laisse (et ne laissera) aucun spectateur indifférent, surtout dans le contexte actuel...
Personne ne semblait décider à programmer cette œuvre gigantesque en ses murs. Uniquement joué à Avignon l'an dernier
durant le festival, les directions (signes des temps ?) semblaient frileuses. Mais, heureusement, la situation s'est décantée. La France, malgré ses trop nombreux et dangereux chefaillons à
la solde d'un « monarque » sans moustache, arrive encore un peu à réagir. Le Théâtre des Salins de Martigues et quelques scènes nationales, ont donc pris les devants et proposent une
vraie pièce de théâtre avec un vrai sujet et une vraie réflexion. Et ce ne sont pas trois heures en néerlandais qui parviendront à contrer ce colosse dramaturgique en marche.
1933, Berlin. Victor Müller, après une dernière mise en scène libre, refusera de quitter son poste et combattra, coûte
que coûte et comme il le peut, la dérive d'un pouvoir dictatorial, destructeur et stupide qui le tient à sa merci. Outre la mise en scène forcenée et grandiose, ce qui frappe le plus dans ce
spectacle, c'est de voir à quel point la situation de 2008 est parente de celle de 1933. Sur la forme et sur le fond : racisme, antisémitisme, culte de l'image, propagande médiatique,
encerclement de la pensée, disparition de l'opposition... Mefisto For Ever laisse, par sa justesse, un arrière-goût incommodant dans la tête qui nous tenaille.
On se dit : « Et si ça pouvait recommencer... »
Lionel Vicari.
La chronique du Tadorne écrite au cours du Festival d'Avignon 2007.
Cassiers nous laisse seul avec nos questions. Comment l'art peut-il composer avec l'époque néo-libérale qui s'ouvre? Comment les Directeurs des structures institutionnelles répondent-ils et se positionnent-ils à l'égard des injonctions des politiques où les objectifs quantitatifs dictent le projet culturel ? Comment le public, par ses attentes (plus proches parfois du divertissement que de la coconstruction du sens), participe-t-il à transformer l'art en produit sensible aux effets de mode ? "Mefisto for ever" ne répond nullement à toutes ces questions, mais les provoque. Quand Chrisitine Lagarde, l’actuelle Ministre de l’Économie, recommande d’arrêter de penser pour privilégier le travail productif ; quand Christine Aubanel évoque la productivité transposée à la culture, il est urgent de définir un projet global européen qui dépasse celui d’Avignon. Le Festival pourrait être une caisse de résonance, une agora exceptionnelle. La nomination de Roméo Castellucci comme artiste associé en 2008 a de quoi laisser circonspect eu égard au défi intellectuel et politique lancé par Cassiers et tant d’autres…
Pascal Bély
Dates de la tournée :
Du 13 Novembre 2008 au 15 Novembre 2008
Le MC2
38100 Grenoble
Du 25 Novembre 2008 au 26 Novembre 2008
Théâtre des Salins
13500 Martigues
Le 29 Novembre 2008
Théâtre de Sartrouville
78500 Sartrouville
De 11 à 25 euros
20h30
Le 29 Novembre 2008
Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines
78180 Montigny-le-Bretonneux
Du 4 Décembre 2008 au 5 Décembre 2008
Teatre Lliure
Barcelone
Du 17 Décembre 2008 au 19 Décembre 2008
Centre dramatique national Orléans-Loiret-Centre
45000 Orléans
Du 6 Janvier 2009 au 9 Janvier 2009
Maison de la culture d'Amiens
80000 Amiens