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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Raphaelle Delaunay recolle les morceaux.

Elle est là, dans le hall du Théâtre des Salins de Martigues. Elle tient un tapis à la main sous le regard des spectateurs ; ils attentent « Jeux d’intentions » de Raphaëlle Delaunay. Avec sa jolie robe blanche, elle tente de faire ses pointes sur ce tapis. Son corps se désarticule. Elle tombe, se relève, se transforme comme si nos regards métamorphosaient sa danse. Elle tombe, se relève de nouveau et se dirige tout droit…vers moi ! Elle s’appuie sur mes petites épaules, me dépasse et me fixe droit dans les yeux. Je suis raide, intimidé, pendant qu’elle me murmure quelques mots. Suis-je ce public qui la soutient sans défaillir? J’ai peur. Les regards se dirigent vers nous deux. Je tremble, elle aussi. Son corps se glisse alors parmi le public, pour disparaître. Il veut jouer avec elle car il sait que le spectacle se fera avec lui et pour lui. Elle, c’est Raphaëlle Delaunay, chorégraphe, danseuse.
Je sais d’elle qu’elle fait corps avec nous…
Le public prend place dans la « petite salle » du Théâtre des salins. Eux, ce sont deux hommes qui dansent pour nous sur des rythmes africains mélangés aux sons d’un marché venu d’ailleurs. Ils frappent dans leurs mains ; le public fait de même. Ils dansent et leur corps se désarticulent de nouveau. Ils dansent aux quatre coins de la salle. Ils nous viennent des quatre coins du monde. Avec eux, le monde est métis.
Elle arrive, toujours avec sa jolie robe blanche. Elle fait tourner la tête et les corps. Parfois ils se brisent, s’enveloppent, se jettent contre le sol. L’émotion me submerge face à ce trio qui danse si bien nos doutes, nos désirs, nos fragilités prises dans nos relations d’amour et d’amitié.
Elle est le lien entre eux car cette femme, répare, relie, là où ces hommes sont séparés par la guerre, les luttes de pouvoir, les relations de haine. Elle recolle les morceaux d’un corps, d’une vie mise à mal. C’est étourdissant de beauté et d’amour. Cela nous est donné en cadeau. Ce soir, la danse se veut réparatrice. Fragmentés nous
l’étions peut-être en venant au Théâtre. Entiers nous repartons.
Elle, c’est Raphaëlle Delaunay ; eux c’est Grégory Kamoun Sonigo et Mani Asumani Mungai. Je sais qu’ils sont dorénavant à côté d’
Icare.

Je m’envole de bonheur.

Pascal Bély
www.festivalier.net



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A voir, le reportage d'Arte sur Raphaëlle Delaunay, dans le cadre du Journal de la Culture.

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M
Commentaire toujours impeccable de Pascal!<br /> Rien à ajouter! <br /> sauf à être redondant dans les louanges et dans l'expression de l'émerveillement devant la capacité de cette toute jeune femme à nous dire que la vie est faite de toutes les imperfections et des liens que nous saurons tisser pour tenir debout et toujours repartir.<br />  
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S
J'etais à Martigues pour ce très beau spectacle! R.D est incroyablement belle tant dans sa danse que dans ce lien avec ces deux hommes.
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S
j'ai eu la chance de voir la création de cette pièce à Brest il y a deux ans. R D est une interprète formidable mais également une artiste qu'il va être intéressant de suivre. <br /> Avec Jeux d'intention, ça respire, c'est vivant, deux qualités qui se perdent.
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