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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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La critique fait la couverture des Rencontres à l'Echelle.

Il y a des soirées qui font basculer, qui ouvrent l'espace là où tout semblait verrouillé. Il y a des acteurs culturels qui décident de se positionner autrement en temps de crise ,en proposant d'autres formes, non par facilité, mais pour éveiller notre créativité. Ce soir, à Marseille, dans le cadre des « Rencontres à l'échelle » organisée par les Bancs Publics, il s'est passé un événement à la marge, mais qui pourrait bousculer bien des équilibres précaires.

En entrant, le danseur et chorégraphe Haïm Adri est déjà sur scène. Habillé de blanc, il porte un masque d'une mélancolie contagieuse, entre figure mythologique et celle de nos angoisses contemporaines. Il danse sur sa couverture alors que résonnent derrière lui les sons et les images d'un monde en ébullition où l'on passe sans le voir, où l'on s'arrête pour évoquer questionnements et souffrances. Autant de paroles résonantes. Sa danse est son territoire ; sa couverture, le prolongement du corps, d'un au-delà. Entre lui et moi, il y a la distance : lui à terre, moi sur le banc. Le « je » est un « autre » : peut-il se jouer ? Puis-je rester de là où je suis ? Alors qu'il se lève pour faire danser sa couverture, je m'approche, je m'accroche. Voilà les marionnettes de l'enfance puis la danse des désirs d'un imaginaire possible. Les mouvements évoquent notre lien entre lui et nous, entre attraction et peur. Haïm Adri n'est plus très loin, car nous communiquons, loin d'une communion judéo-chrétienne (après tout, la référence au sans domicile fixe m'a effleuré dans un contexte anxiogène de crise). Il faut toute la force de la poésie pour entrer en résonance avec cette homme qui, dépossédé de ses habits blancs, endosse les nôtres, veste et pantalon trempés. Pendant que les gouttes tombent, je lâche. Essoré.
C'est alors qu'elle arrive, maladroite, timide, provocante. Haïm Adri enlève le masque pour l'introduire. Marie Mai Corbel, auteur et journaliste de la revue Mouvement, nous propose une « performance critique ». Elle parle tout bas, presque sur le registre de la confidence. Je ressens la tension monter dans la salle. Quelle est donc cette intrusion alors que nous n'avons pas eu le temps de nous extraire de l'œuvre ? Elle évoque notre positionnement de spectateur (que venons-nous chercher ici ?). En utilisant la métaphore, elle réduit la distance entre la profession critique (si décriée par ces temps où il s'agit de ne pas se « prendre la tête ») et nous. Elle met des mots sur le processus qui vient de se jouer précédemment avec Haïm Adri. Elle expose son regard, sort de sa revue, ose affronter un public, sur scène, sur le territoire de l'artiste. Elle réussit à s'immiscer dans cet interstice entre le danseur et nous, où elle relie le contexte géopolitique, l'artiste et la possible résonance du spectateur. La démonstration est magnifique, percutante, sidérante, suffisamment interpellante pour nous donner de la compétence. Cela ne dure que quinze minutes. Un temps volé au zapping. On aurait juste aimé réagir, loin d'un débat, pour poser un ressenti, quelque part. J'ai le blog, mais les autres ? Je les imagine écrire ici, sur Le Tadorne, et faire leur performance de blogueurs!

Artistes, critique et spectateurs ont trouvé ce soir l'espace qui nous manque tant. Celui où le territoire de l'imaginaire, la recherche d'un sens global, la résonance peuvent s'articuler, loin des cases où chacun finit par s'enfermer pour tirer la couverture à soi.
Le masque d'Haïm Adri n'a pas fini de nous hanter.

Pascal Bély

www.festivalier.net


Ps : à lire le regard de Guy Degeorges sur la création d'Haïm Adri.

♥♥♥ " Quelle est l'utilité d'une couverture" d'Haïm Adri, incluant la perfomance critique de Marie Mai Corbel. 

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Consulter la rubrique danse du site.


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J
Hum, Cassandre m'a tuer, le livre que Florence Dupont "vient de publier" est sorti il y a un an...
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J
A lire absolument, l'interview de Florence Dupont, prof à Paris 7, dans le dernier Cassandre (75 (automne 2008, p. 7-11)) : elle publie un livre intitulé Aristote ou le vampire du théâtre occidental. A l'heure qu'il est, si Finkielkraut l'a vu, il doit être mort.La thèse principale est que nous vivons sur un mythe de nos origines grecques, mythe à ambition impérialiste qui nous permet de feindre que les autres cultures théâtrales n'existent pas. La véritable pratique théâtrale à Grèce comme à Rome est d'essence rituelle, ce qui implique une participation du public ou du citoyen. Aristote aurait cassé cela pour rendre le théâtre moins local et donc mieux exportable. Mais du coup, le public est devenu simple spectateur. L'interview est vif, plein de bon sens, et donne envie d'aller voir le livre. On est en plein dans nos préoccupations : "Ce que je n'aime pas dans une certaine pratique de l'art", confie Florence Dupont, "c'est lorsque le public n'a pas la même compétence - au sens qualitatif - que les artistes, qu'il n'en sait pas au moins autant que les spectateurs". Qu'en dis-tu, Pascal ?La question du rituel me touche particulièrement dans la mesure où j'en parle dans ma critique de Parades and Changes (presque finie !) comme d'un élément fondamental... Les grands esprits se rencontrent !
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G
Jérôme, ton scepticisme est utile, mais il faudrait effectivement avoir vu les uns et les autres cet événement pour en débattre avec utilité, et dépasser les positions de principe. Comment réagir à ce stade si ce n’est que d’être intrigué par l’entreprise ? Sinon - c’est mon cas- se laisser porter par l’enthousiasme de Pascal.<br />  <br /> Mais tu soulèves par ton scepticisme un point sensible… <br /> Il y a dans toute critique une part d’usurpation, une part de création (pour « produire autre chose », mais non « une œuvre autonome » pour autant), une part de trahison…<br /> L’idée même qu’un critique monte sur scène « à la place » de l’artiste peut nous déranger, en nous renvoyant à nos propres scrupules quant nous nous mettons inévitablement en avant pour prendre la parole, inspirés par une œuvre artistique.<br /> C’est peut-être une manière de mettre les pieds dans le plat, mettre en évidence les dimensions présomptueuses et ambiguës, pourtant nécessaires, présentes dans toute démarche critique digne d’intérêt.<br /> Mais pour aller plus loin dans ces réflexions, il aurait fallu effectivement assister à cette performance !
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J
Salut Pascal,Dommage que je n'aie pas été là pour me faire ma propre opinion. Mais, personnellement, je reste très sceptique envers ce genre de démarches. D'abord, faire monter le journaliste sur scène, le hausser au niveau de l'artiste, je trouve cela déjà très déplaisant et déplacé. C'est faire trop d'honneur à la critique. Ensuite, le public, lui, reste dans la salle, et il est là pour la fermer. Enfin, je ne trouve pas bon de mêler de façon aussi intime et intrinsèque performance d'artiste et commentaire de critique. Il faut de l'espace entre les deux. Ceci, comme le fait de montrer des coulisses, rompt l'illusion magique du spectacle. La critique devrait être une oeuvre autonome - qui, certes, se nourrit du travail d'autrui, mais pour s'en détacher, pour produire autre chose.
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L
<br /> <br /> Jérôme, quelques précisions<br /> <br /> <br /> Nous avons besoin de redonner à la critique une place. Il en va de la démocratie. Il s'agit  aussi d'élever les consciences pour ne pas réduire l'art à une<br /> marchandise.<br /> <br /> <br /> <br /> Le concept de "performance critique" est intéressant, car précisément, il s'agit de dépasser les frontières, pour créer un nouvel espace. J'y vois une performance parce que les résistances sont<br /> très fortes. Il se trouve que l'espace dont tu parles entre l'artiste et le critique se déplace pour se jouer entre le critique et le public. C'est précisément là qu'est le problème aujourd'hui.<br /> Tu es l'un des premiers à le dénoncer: le critique est coupé de public. Je reconnais à Marie Mai Corbel d'avoir tenté la rencontre avec les spectateurs. C'est un premier pas et je suis certain<br /> qu'il en appelle d'autres. Je préfère participer à ce mouvement que de me retrancher derrière mes certitudes usées.<br /> <br /> <br /> <br /> Changeons.<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />