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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Au Festival d'Automne, les assistantes familiales de Jennifer Lacey.


En période chaotique, un festival  permet de se rapprocher pour échanger sur le sens, la forme, le propos d'une œuvre et échapper au « réductionnisme » ambiant, à la peur de l'autre (ne parle-t-on pas de crise de confiance des marchés ?). Réunis à Paris, nous sommes cinq à faire le choix de nous rendre au Centre Georges Pompidou dans le cadre du Festival d'Automne de Paris pour « Les assistantes » de la chorégraphe Jennifer Lacey et de la scénographe et plasticienne Nadia Lauro. Dans la salle, nous nous séparons. Parents d'un côté, frère et sœur trois rangs plus haut. Forme classique verticale...
Neuf femmes dansent, chantent, écrivent, coupent et découpent du papier, avec un bonnet sur la tête, habillées de robes à carreaux avec petit tablier sur le côté, devant ou derrière. C'est selon la nature de la tache. La scène est en aluminium, éclairée de projecteurs grossissants échappés d'un blog opératoire. À moins que l'on ne soit au sauna, lieu communautaire, interdit aux hommes, mais ouvert à tous les corps. Il est fort possible qu'elles émergent des entrailles, des tuyaux du Centre Georges Pompidou. Quatre-vingt-dix minutes où j'ai tout lâché d'une semaine de crise globale, où un modèle semble s'effondrer sous le poids de la spéculation et du mensonge. Ici, « Les assistantes » inventent la société postmoderne, vue du côté de la danse. C'est réjouissant, car jamais enfermant. Elles préviennent dès le départ : « vous pouvez partir mais ce n'est pas mieux ailleurs ». Bien joué !
A les voir déambuler ainsi sur la scène, on devine facilement leur improductivité. Lorsqu'elles s'inscrivent dans la société industrialisée, c'est sur le côté, pour découper du papier. On les croirait au musée du « travailler plus pour gagner plus ». Elles n'ont pas d'objectifs si ce n'est de créer le mouvement circulaire du lien et puiser dans leur unique ressource : leur créativité. Elles deviennent alors ces exploratrices dont nous aurions tant besoin aujourd'hui : elles expérimentent, se plantent, se rattrapent, s'isolent, jouent le collectif. Elles dansent et se mettent en mouvement dans un dedans dehors impressionnant. Là où nos sociétés rigidifient pour maîtriser, elles lâchent prise pour fluidifier. Avec elles, savoir n'est pas primordial. Elles s'essayent à des disciplines : nous sommes bien loin de la toute-puissance des experts. Leurs instruments de musique sont si petits qu'elles ne peuvent pas créer une symphonie, juste une mélodie cool pour calmer nos angoisses face à l'imprédictibilité de ce Nouveau Monde. La danse individuelle et collective permet la transition entre les séquences : elle est passerelle. Cela en est donc fini de l'appellation « danse contemporaine » !
Avec « Les assistantes », construire du lien social est une performance, qui nous englobe dans un rapport donnant - donnant, où le pouvoir s'inscrit dans le jeu. C'est l'utopie d'une société différente. Je me sens prêt à m'y inclure, avec elles comme éclaireuses.
A la sortie, notre groupe se forme pour se réformer. Des liens se créent, d'autres se renforcent. Nous goûtons, le temps d'une soirée, à notre famille recomposée.
Le délicieux goût des autres.


Pascal Bély
www.festivalier.net

Ps : à lire le magnifique article, si apaisant de « l'assistant » Guy Degeorges.

Photo par Laurent Philippe, avec l'aimable autorisation du festival d'automne à Paris

Voir aussi Vincent Jeannot-Photodanse


♥♥♥ " Les assistantes" de Jennifer Lacey et  Nadia Lauro a été joué le 10 octobre 2008 dans le cadre du Festival d'Automne à Paris.

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G
Merci Pascal pour cet article (Ca fait terriblement renvoi d'ascenceur de l'écrire, mais tant pis!) qui m'éclaire à propos d'impressions autour desquelles je tournais sans réussir à les définir!
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