Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
Ils n'ont pas de metteur en scène : la place est libre et seule leur
interdépendance peut créer le mouvement. À peine le festival commencé, je le ressens ouvert, à l'image de ce décor impressionnant : un plateau en bois, posé sur des rails qui mènent vers la
falaise. Un paysage tout à la fois désertique et nourri de va-et-vient, de quais de gare, et de voyages lointains. Un décor pour se décentrer de ces quatre monstres, pour ressentir l'exil vers la
Chine de Ysé et de son mari Ciz, accompagné de son amant Almaric et de sa passion secrète, Mesa. Pour introduire le premier acte sur le bateau où les quatre personnages jouent au chat et à la
souris , Bouchaud et Sivadier se poussent l'un contre l'autre pour avoir la place. Joli clin d'œil pour ceux qui s'amusaient déjà de les voir s'entretuer sur scène. En évacuant d'emblée leur
démon (et le nôtre finalement), le théâtre reprend ses droits.
Dès le premier acte, le quatuor est là, tissent ses liens et chacun est une
poulie de ce bateau de l'exil. Plus tard, alors que la torpeur me gagne (le texte de Claudel, toujours lui), nos protagonistes s'essaient à une danse majestueuse (joli clin d'œil à l'édition 2005
du Festival d'Avignon où certains s'interrogeaient encore de l'articulation entre le théâtre et le corps !). Dans le deuxième acte, alors que les amants se retrouvent dans un cimetière, le décor
devient féerique, où chaque tombe est une lumière : doit-on y voir l'influence (inconsciente ?) de Roméo Castellucci, l'autre artiste associé de l'édition 2008 du Festival? Peu à peu, tous
ensemble, ils incarnent leur personnage en se fondant dans le décor, en déployant l'espace de l'imaginaire du spectateur, en symbolisant ce théâtre qui se décentre du texte pour mieux le servir
par un jeu du corps (on ne le répétera jamais assez, ce « Partage du midi » est dansant).
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