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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Au KunstenFestivalDesArts, "une journée particulière", avec Amir Reza Koohestani.

Le public, disposé autour de la scène, encercle quatre comédiens, deux hommes et deux femmes, isolés les uns des autres. Quand l'un parle face à une partie des spectateurs, une télévision donne à voir le visage des trois acteurs. Aux témoignages des deux meurtriers, viennent se greffer la parole des proches des victimes. Deux histoires s'entrelacent et finissent par créer l'impression qu'elles ne font qu'une. Celle d'une tragédie, d'une quête impossible entre émancipation et soumission. Le metteur en scène Iranien Amir Reza Koohestani signe avec « Quartet : a journey to north », une œuvre singulière, un film documentaire théâtralisé.

Je ne suis qu'à deux mètres de l'une des meurtrières. Ses yeux transpercent l'écran, traverse l'espace qui nous sépare, tel un faisceau de preuves. Elle a tué son jeune amant, par accident.  On ressent que cela devait arriver. Sa posture assise derrière une chaise, symbolise l'interrogatoire dont nous serions les enquêteurs (occidentaux ?) silencieux. À l'instant où son récit s'approche de l'acte meurtrier fatidique, elle jette à la figure du public son verre d'eau. Son meurtre nous éclabousse. À la fin de chacun de ses témoignages, la lumière s'éteint sur son visage pétrifié de peur et s'allume sur celui d'un deuxième meurtrier, assis lui aussi dans un coin de la scène. Alors qu'à partir de l'écran de télévision, je fixe mon regard sur cet homme à l'expression tourmentée, je ne peux m'empêcher de l'observer, même dans la pénombre. J'entends une autre histoire (celui-ci a tué une partie de sa famille) tout en écoutant son visage muet. Je ne la quitte plus des yeux, fasciné par ce lien si particulier avec cette actrice exceptionnelle, qui confère à l'ensemble de la pièce une dramaturgie singulière. Je l'écoute en pensant à elle. Je l'entends en imaginant de qu'il aurait fait. C'est ainsi qu'entre ces quatre protagonistes, se trame la toile d'un film, dont Amir Reza Koohestani ne nous montre que le début et  la fin.

Entre les deux, c'est à nous, spectateurs, de tisser les fils a priori invisibles entre ces deux tragédies. Mais la linéarité de la narration envahit le dispositif scénique et laisse peu d'espace à l'imaginaire sauf au prix d'un effort de reliance qui finit par épuiser. On aurait aimé une sollicitation symbolique pour nous aider à « survoler » ces deux histoires, pour identifier les emboîtements porteurs de sens.

On quitte cet espace inédit quelque peu frustré de ne pas avoir été totalement à la hauteur.

L'Iran ne se dévoile pas si facilement.

Pascal Bély

♥♥♥♥♥♥ “Quartet: A journey to north” de Amir Reza Koohestani et le Mehr Theatre Group a été joué le 10 mai 2008 dans le cadre du KunstenFestivalDesArts de Bruxelles.

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C
Bonjour cher Tadorne,Effectivement cette actrice était exceptionnelle. Je pense qu'elle portait tout le spectacle. Car l'histoire de son homologue masculin avait quelque chose de pas crédible. Plaider la folie ne suffit pas, il ne m'a pas convaincue.Vous avez tout a fait raison en nous disant que l'Iran ne se dévoile pas facilement. Il y a quelques années, j'ai vu une autre pièce de Kohestani, dans le cadre du Kunsten aussi, et il y avait cette même épaisseur,ce  quelque chose d'inaccessible. Peut-être notre regard d'occidental est-il biaisé? Bonne semaine!
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