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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Le crash test d’Hélène Cathala au Théâtre de Cavaillon.

Perché sur sa chaise à l’entrée de la salle comme au temps joyeux des barricades, le Directeur du Théâtre de Cavaillon nous prévient :
1- Nous pourrons circuler librement au cours de la représentation.
2- Nous pourrons nous inscrire pour le lendemain à l’atelier du regard animé par « l’excellent journaliste et critique de danse Gérard Mayen ». Il posera des mots sur nos ressentis. La parole est donc une affaire de spécialiste.
3- Nous devons éteindre nos portables, même en situation de crise financière, qualifiée de « bonne nouvelle ». Précision utile pour ceux qui ne peuvent décrypter par eux-mêmes l’actualité.
Le décor dans toute sa verticalité est posé. La suite confirmera mes premières impressions.
slogan-02.jpgA l’issue d’une heure quinze de déambulations et d’enfermement, je sors de la chorégraphie d’Hélène Cathala plus vide que je n’y étais entré. Les « imprécations vociférées » issues du livre de Maria Soudaïeva (« Slogans »), mise en espace à partir d’une régie centrale où officie Dj et vidéastes, où circulent tout autour public et six danseurs, ont anéantis l’articulation entre le texte et la danse. Je ne connais pas Maria Soudaïeva ; on m’avait promis « une fiction alarmante, férocement à l’écart des critères romanesques, un long chant rageur constitué d’incantations, de consignes scandées, de cris d’angoisse, de pseudo slogans anarchisants…et numérotés..Un poème en lambeaux de feu ». Avec de telles intentions, il fallait aider le spectateur à lâcher par une scénographie poétique, virtuelle et sensuelle où la chorégraphie se déploie pour transcender et servir le texte.
Au lieu de cela, le public tourne en rond, finit par s’asseoir sur les bancs circulaires de la régie, puis se relève à l’invitation des danseurs. Rien ne guide, tout est verrouillé. Le décor est si laid que l’on se croirait projeté dans une prison française tant il se dégage une verticalité oppressante. Certes. Mais pour quoi ?
Le livre de Maria Soudaïeva est si écrasant par sa force (autoritaire ?) qu’Hélène Cathala semble (heureusement ?) dépassée. Elle tourne en rond et les corps se désarticulent à partir d’une mécanique et jamais d’une émotion : maladroit, rigide. Elle court après le texte, mais ne le transcende pas. Elle tente quelques raccourcis fumeux (le groupe en banlieue qui fuit, capuches sur la tête, pour échapper aux policiers ?) et finit par rendre statique le spectateur qui de cases en cases se demande à la fin ce qu’il fait là. Les corps vident les mots, la régie centrale prend le pouvoir pour dicter le chaos et finit par produire une improvisation mal cadrée.
Est-ce opportun, dans la France d’aujourd’hui, de subir une telle oppression quand nous allons au théâtre? Sans clefs pour la vivre autrement, nous finissons une fois de plus plombé.
Je n’ai pas besoin de spécialiste de la danse pour le dire haut et fort : ça suffit.


Pascal Bély.
www.festivalier.net

♥♥♥ « Slogans» d'Hélène Cathala a été joué le 22 janvier 2008 au Théâtre de Cavaillon.

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L
Comme je le précisais dans mon article, tant que la parole des spectateurs sera encadrée par des spécialistes, il n'y aura personne! Au Pavillon Noir à Aix en Provence, il font appel à un historien de l'art! On expertise les ressentis (on se retrouve comme à l'école, devant l'impressionnant professeur ou par exemple à Cavaillon où j'ai vu des spectateurs avec un cahier pendant la représentation!) mais surtout on fait toujours la même chose: entre les théâtres et le public, c'est un lien vertical où rien ne se co-construit. Aujourd'hui, le public n'a plus son mot à dire. Les élus désertent les théâtres (ils n'ont plus le temps d'y aller) et on parle aux spectateurs avec un langage publicitaire (dernière en date: un mail reçu hier soir de la part du Festival de MArseille qui m'annonce des manifestations culturelles dans la ville avec ce titre: "Hors les Murmures"!!!!). Entre marketing et verticalité, il n'y a plus d'espace démocratique. Sans ces espaces, le spectacle vivant se réduira mais surtout, les acteurs culturels vont se retrouver de plus en plus seuls face à la défiance de certains politiques à l'égard de l'art.
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E
Bonjour à tous,Bien conscients que la parole n'est pas simple à prendre et bien conscients que les lieux de débats se raréfient, nous tentons dans ce même Théâtre de Cavaillon une expérience(qui a encore un volet le 22 mars prochain) appeléeATELIER POUR LE REGARD qui a pour objectif premier de créer ce lieu de débat. Cet atelier est animé par Gérard Mayen, déjà 2 séances une autour du spectacle qui nous anime... SLOGANS et un autre autour de TANGENTES tout à fait récemment. Force est de constaterque cette nouvelle proposition ne déplace pas les foules (à notre grand regret) malgrè l'interêt certain et la qualité du débat qui nait de ces échanges. Cherchons ensemble.... les moyens du dialogueEsther GONON, secrétaire générale de la Scène Nationale de Cavaillon.
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L
Je suis d'accord sur un point: le spectacle vivant existe parce qu'il y a divergences de points de vue. Mais je m'interroge. Où sont les lieux de débats dans les structures culturelles? Jusqu'à quand le public va-t-il se laisser guider même dans sa prise de parole qu'on encadre de plus en plus en faisant appel à des spécialistes? A quand des forums dans les théâtres pour débattre sur le présent et l'avenir de la  création contemporaine? J'ai crée ce blog pour l'ouvrir, pour éviter que l'on confisque ma parole. Ce blog est aussi un acte de défiance à l'égard de notre démocratie qui ne tourne plus rond, même dans les théâtres. Je pense que de nouveaux liens sont à créer entre artistes, public et institutions car ceux d'aujourd'hui sont si rigides qu'ils ne sont porteurs d'aucune dynamique démocratique et d'aucune créativité. Même dans les théâtres, notre pays est lourd...Pascal Bély
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J
Je ne réponds pas à Pascal Bély mais à Patrick13 qui s'étonne que je ne réagisse pas au texte de Pascal, qui "n'y va pas avec le dos de la cuiller", dit-il.Alors, je ne réagis que pour dire que ce que Pascal a ressenti est ce qu'il a ressenti, que c'est évidemment différent que ce que moi, j'avais ressenti lorsque j'avais vu ce spectacle à Mende l'année dernière, que j'ai à nouveau ressenti à Cavaillon, et qui m'avait conduit à souhaiter le partager, le faire découvrir au public de Vaucluse. Et Pascal a raison. Autant au moins que moi j'ai raison.Et le fait que Pascal et moi ne soyons pas d'accord ici, c'est exactement ce qui fait que le spectacle vivant existe, ce qui fait qu'une action culturelle sur un territoire doit exister. La différence entre notre travail et le journal télévisé, c'est que d'un côté on vous dit ce que vous devez penser, et que de l'autre on vous propose de penser. Conclusion ? Merci à Patrick13 de lire ce blog, de l'enrichir et de m'avoir interpellé, et surtout, merci à toi Pascal d'avoir créé ce blog, et d'être d'un avis différent du mien, tu jusrifies et enrichis nos existences.Jean-Michel Gremillet 
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P
Etonnant tout de même que le directeur du théâtre de cavaillon ne réagisse pas à votre article. vous n'y allez pas avec des fleurs...Cela change un peu...
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