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Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.

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Au Festival d'Avignon, Char écrasé, Fisbach dissocié, public complice.

file-3814W.jpgJ’arrive dans la Cour d’Honneur. Le choc. Alors que le public s’installe comme si de rien n’était, je scrute le décor des « Feuillets d’Hypnos » de René Char mis en scène par Frédéric Fisbach avec angoisse et déjà colère. Imaginez, un long loft, quasiment dessiné par la production de TF1, sur la scène d’un lieu mythique. Cette imposante baraque, avec ses appartements, sa place, ses petits gradins, envahit toute la cour. Fisbach se fout du passé. Il l’écrase de sa suffisance et de son bon droit d’artiste associé du Festival d'Avignon, à l’image d’un directeur des programmes d’une chaîne publique qui n’a que le vocable « audimat » comme argument. Mais personne autour de moi pour s’en émouvoir. J’ai envie de vomir. La suite va confirmer mon dégoût…
Deux centre trente-sept feuillets, poèmes, de René Char se mettent en scène dans cette ambiance trash. Les comédiens dégueulent leurs mots (mention toute particulière à Nicolas Maury, caricature de lui-même), gesticulent, prennent une douche, aboient. Ils déconstruisent les vers de René Char, les rendent quasiment incompréhensibles. Une entreprise de démolition est en marche. René Char, l’enfant du pays, le résistant est ridiculisé, avec l’accent. Je commence à protester. À côté de moi, la clameur monte, mais la présence des proches des amateurs nous empêche d’aller plus loin. Certains partent bruyamment en imitant le bruit des bottes…Quarante-cinq minutes qui font honte au théâtre français, mais toujours aucune manifestation d’un public que l’on a connu bien plus sévère en 2005, lors des spectacles de Jan Fabre.
file-1385W.jpg
Après ce premier carnage, une centaine d’amateurs disséminés dans les gradins atteignent la scène. Ils l’occupent pour mieux noyer ces comédiens. L’effet masse est impressionnant. Les textes retrouvent leur consistance malgré les quelques happenings déplacés de la troupe de Fisbach. Soudain, la fumée envahit les pièces du loft, le lieu même où un homme nu prenait sa douche, où une femme se maquillait quelques miniutes auparavant. Fisbach simule les chambres à gaz. En l’espace d’une heure, il transforme le décor pour manipuler l’histoire à sa guise, utilise des amateurs pour revenir au théâtre, enferme le public dans la passivité (comment peut-il protester alors qu’il est métaphoriquement sur scène ?). Resister aurait été de descendre, de monter avec les amateurs pour mettre fin à cette mascarade. Nous sommes plusieurs en avoir envie mais le courage nous manque. Lors des applaudissements complaisants d’une partie du public, alors qu’une autre reste silencieuse comme sidérée, je me dirige vers les comédiens pour leur tendre un poing vengeur (« c’est une honte »).
Je quitte la cour. Je repense aux leçons de résistance données par Edgar Morin dans l’après-midi lors du « Théâtre des Idées » devant un nombreux public. Je pense à son sourire, à sa pensée lumineuse. Je l’imagine aux côtés de René Char. Mais j’ai mal partout. Deux amis me rejoignent dans un café. Miracle du Festival, nous entamons un débat avec un couple d’Allemands. Ils sortent de la Cour d’Honneur. Ils y ont vu une « bonne lecture publique » (Fisbach perd son statut de metteur en scène !), s’attristent sur les chambres à gaz, saluent les amateurs pour avoir procuré du corps au texte. Nos échanges sont beaux, lumineux. Edgar Morin est là,presque parmi nous.
Monsieur Fisbach n’existe déjà plus. Il peut ranger son loft. Il n’aura même pas les honneurs de l’histoire. Juste la honte de l’avoir bafoué.

Pascal Bély
www.festivalier.net.

« Feuillets d’Hypnos » de René Char par Fréderic Fisbach a été joué le 17 juillet 2007 dans le cadre du Festival d'Avignon.
Crédit photo: © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon.

Le débat est donc ouvert. Je vous propose de le continuer sur le forum du site "un air de théâtre" afin que vos commentaires se relient à d'autres internautes et qu'ils ne se perdent pas dans les profondeurs de ce blog!

Le bilan du 61ème Festival d’Avignon, 1ère partie : Edgar Morin, l'artiste associé.

Le bilan du 61ème Festival d’Avignon, 2ème partie : le poids des mots.

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L
Je n'ai pas vu la pièce de Fisbach, mais les commentaires précédents me donnent envie d'aller la voir à Vitry, en septembre. En ce qui concerne la forme, ils font preuve d'une pensée néo-con désespérante. En ce qui concerne le contenu, ils évacuent délibérément la question sous-jacente: à l'heure où un politicien d'extrême-droite impose aux mioches la lecture de la dernière lettre du résistant Guy Môquet en la présentant comme une ode à la représentation pétainiste de la famille, il convient de renouer avec ce qu'étaient les résistants pour la France profonde: des terroristes et des fouteurs de merde. En conduisant vos lecteurs et la claque néo-con qui va se faire bronzer à Avignon à dévoiler leur répugnante anthropologie pétainiste, Frédéric Fisbach a fait un excellent travail de metteur en scène, éminemment contemporain puisqu'il ne met pas en scène des points de vue, mais des mode d'être ou, plus exactement, le conflit entre celui de la Résistance terroriste et fouteuse de merde, d'une part, et, d'autre part, celui du pétainisme reconverti en sarkozisme qui voudrait imposer son obsession maniaque et infantile de la recherche de l'harmonie sans fin, dans ses SUV, sa téloche et dans la création théâtrale.C'est la première fois que je lis votre blog. Je pense que ce sera la dernière. Car j'ai autre chose à faire qu'à y perdre mon temps à y lire les mêmes niaiseries que dans Le Figaro et dans Télérama.
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A
Je doute fortement que les résistants de l'époque est apprécié voir la poésie de Char ainsi transformée. Je n'ai rien contre les nouvelles formes d'art quand elle donne du sens. En mettant en scène ses feuillets, Fisbach a cru qu'il pouvait leur donner un nouveau sens! Quelle prétention! Prenez le livre, lisez-le et cela suffit...pourquoi cette mascarade?
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F
Mias pourquoi Fisbach a-t-il osé faire ça? Se crois-t-il au dessus de tout? Sa seule sortie aurait été de mettre en poésie Char. Je pense aussi qu'un chorégraphe aurait fait mieux. Encore un effort, et il mettra en scène sa propre ombre...
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A
Pourquoi tant de haine ?! On parle ici et là de "crimes esthétiques" mais n'est-ce pas un peu exagérer ? Char, lui, est en droit de nous parler de crimes, tout comme Edgar Morin, mais la mise en scène de Fisbach, c'est seulement du théâtre... Peut-être faudrait-il pour calmer un peu les esprits et éviter ces divisions que je trouve exprimées assez violemment (théâtre amateur / théâtre pro ; moderne / classique ; animation / art...), lire René Char seul dans son coin et s'abstenir de le mettre en scène. En tout cas c'est ce qui semble découler de votre analyse (ressenti dont je ne me fais pas l'écho mais que je comprends tout à fait), ou bien alors que suggérez-vous pour faire entendre ces Feuillets aujourd'hui ?
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L
C'est qui ce résistant (on peut aussi écrire n'importe quoi comme commentaire). j'aimerais bien discuter avec lui. J'ai 20 ans et j'ai trouvé que cette pièce est vieille comme un jean's délavé. petit conseil dans le "off": allez voir "milena de Prague" au Théâtre des corps saints. C'est émouvant et beau; cela nous change de la laideur du théâtre de fisbach.
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