Au gré des spectacles, le blog culturel (théâtre, danse, expositions) de Pascal Bély, spectateur nomade basé à Aix en Provence.
Sommes-nous seulement au théâtre ? Pas si sûr, alors que défilent différentes scènes, toutes jouées sur des minuscules décors sur roulettes. L’ensemble vous projette
quasiment au cinéma (quand un tableau se termine par la gauche, un autre déboule par la droite). Tout semble millimétré comme pour signifier la fragilité de l’équilibre social, et la force du
lien familial, intergénérationnel et collectif. Le premier acte campe les personnages (à eux tous, ils formeraient un quartier d’Avignon !) dans leur solitude affective, dans leur précarité,
leur vulnérabilité psychologique. Les dialogues sont minimalistes, les scènes se jouent sur de minuscules espaces où la lenteur des mouvements évoque une longue plainte compationnelle. Sidérant.
Émouvant jusqu’aux frissons comme une caisse de résonance qui entamerait son travail de l’intérieur. Le deuxième acte s’ouvre au collectif (souvent familial), s’éloigne de la complexité des
individus, et s’attache à décrire des situations. Les deux derniers actes créent la dynamique, mettent en relief les problématiques, relient les scènes les unes aux autres pour créer une fresque
humaine où nous sommes inclus à chaque instant.
Mnouchkine remet la problématique sociale au centre de tout, de notre regard, à l’heure où notre société la fragmente plus que jamais. Tous les personnages sont la France d’aujourd’hui
dans ses fractures les plus intimes que la société éclatée révèle, mais étouffe dans les non-dits. C’est une pièce d’avenir, car les enfants sont omniprésents. Elle redonne une puissance aux
petits gestes quotidiens (apprendre à faire du vélo à un enfant) pour leur donner une force politique dans un contexte ou le chacun-pour-soi fait loi.
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